Accueil > Lire > Romans > Romans enfants > Je n’ai plus dix ans

Je n’ai plus dix ans

Auteur : Thomas GORNET

Auteur de l'articleSébastien

Publié le jeudi 18 décembre 2008


"Les débuts sont délicats, donc. Et je les aime surtout quand je sais qu’ils n’auront pas de fin."

Votre avis sur ce document

Caramel mou, bonbons acidulés, balle aux prisonniers, gommes qui brûlent sur le vieux poêle du fonds de la classe… que de sensations retrouvées à la lecture de ce second roman de Thomas Gornet.

Jusqu’à présent pour Kaï, tout était plutôt simple. Une bande d’amis, des jeux d’enfants, de l’insouciance et une tonne de rêves pour plus tard, bien plus tard, lorsqu’il sera grand, avec pour modèle son père : « Quand j’ai fini mes exercices, j’aime bien regarder Papa et penser à comment je serai quand je serai grand… j’espère que je ne serai pas divorcé comme lui et que je serai amoureux. De qui, je sais pas. Mais de quelqu’un, oui. Et très amoureux. Parce que moi, j’aime bien l’amour. »

Aimer l’amour, oui mais c’est quoi l’amour ? Et aimer comment, jusqu’où ? C’est quoi les sentiments ? Pourquoi personne parmi les grands ne veut parler avec lui des choses importantes ? Son père, depuis le divorce, lui semble être devenu un handicapé de l’amour. Son oncle Tom n’est aux yeux de sa maman qu’un « détraqué » qu’il faut éviter.

Et puis : catastrophe… sans crier gare, l’amour lui tombe dessus. D’une façon soudaine, une fille de la bande, Sidonie, (pas elle, l’autre…) lui remet une enveloppe contenant un poème.... Alors avec son langage d’enfant, Kaï nous prévient et nous informe « j’ai une drôle de sensation au ventre, comme si j’avais mangé trop de tomates ».

Il lui faut impérativement de l’aide, en parler, demander conseils ! Mais à qui s’adresser ! Son meilleur ami Obeid est hermétique à l’amour. Cet ignorant ne sait pas encore ce que c’est, et en réalité s’en moque ouvertement. Il a nettement mieux à faire comme jouer au ballon ou échanger des cartes panini. Pour son père impossible d’envisager de lui en parler, c’est un sujet tabou. Reste son oncle Tom. Il doit s’y connaître en amour puisque de temps en temps ce « roi de la mode » s’échappe de son loft pour rejoindre son « amoureuse ». Mais à la première question, somme toute anodine, Tom s’emporte « c’est des affaires de grandes personnes. D’adultes, tu vois. Et toi, t’es un enfant. Je te raconterai pus tard. Quand tu seras en âge de comprendre ». Comprendre quoi ?

Alors Kaï retourne à ses préoccupations. Il se débrouillera bien mieux tout seul, car ce dont il est finalement certain c’est qu’il a « envie d’embrasser Sidonie. Pas forcément sur la bouche ou quoi ».

Cependant, fin observateur, Kaï s’aperçoit que son père n’est en fait pas si étranger que ça à l’amour. Pour preuve, Naïma, une « vendeuse de slip », passe de plus en plus de temps avec lui. Ce qu’il ne saisit pas en revanche c’est l’attitude étrange de son oncle, et ce qu’il vivra encore plus douloureusement c’est son départ. Pourquoi une absence si longue ?

Après « Qui suis-je ? » (lire l’article consacré sur ce même blog : http://public.ville-bezons.fr/mediatheque/spip.php?article321 ), ce second texte de Thomas Gornet mérite une attention particulière. Le narrateur âgé de 16 ans et 9 jours est de retour au dessus de la « Crotte aux mouettes », le repaire secret de son oncle. Équipé d’un préhistorique lecteur MP3, il se souvient : « mon histoire ne commence pas aujourd’hui mais il y a 6 ans environ. Au même endroit. C’est pour ça que maintenant, luttant contre le vent, je pleure derrière mes lunettes et sous ma capuche. Parce que je me souviens ». En se remémorant, le narrateur laisse tomber sa capuche d’ado et retrouve ses mots d’enfants, justes et simples, qui vous nous accompagner jusqu’à la fin du récit et qui laissent libre court à l’émotion.

Kai (ou plutôt Thomas Gornet) parle (ou écrit) vrai, simplement, avec sincérité. Avec une forme de naïveté si savoureusement retranscrite nous suivons les étapes clés permettant à un enfant de devenir grand : l’éveil des sentiments, construction de son individualité, affirmation de son caractère accompagnée, puberté oblige, par des changements physiques. C’est l’histoire d’un enfant jusqu’alors spectateur de sa vie qui devient progressivement un acteur à part entière. Un « acteur » qui dans la peur de ce saut vers l’inconnu observe finement autour de lui : son père et Naïma, sa mère et son beau père, ses camarades d’école, sans oublier Tom et ses mystères. Il observe et découvre que l’amour est divers, varié, intense et riche. Il apprendra aussi qu’il est quelquefois malheureusement contraint au secret et que les vérités sont difficiles à dire mais qu’avec beaucoup de force, au bout du tunnel, il y a "un éclair jaune et blanc"... Un texte touchant sur les sentiments et l’amour, d’une sensibilité rare. Remarquable.

Enfin, en lisant ce texte, une lointaine... poésie m’est revenue en tête. J’étais en CM2...

J’ai dix ans, aujourd’hui, dommage.
Cela va devenir sérieux.
Un seul chiffre disait mon âge.
Maintenant, il en faudra deux.

Deux chiffres ! La même frontière
Que les gens les plus importants.
Deux chiffres pour la vie entière...
A moins d’aller jusqu’à cent ans.
Lucie Delarue-Mardrus

_

P.-S.

lire aussi la Bibliographie sur l’homosexualité et l’homophobie dans la fiction jeunesse (albums, romans jeunesse et ados, pièces de théâtre disponibles à la médiathèque) : http://public.ville-bezons.fr/mediatheque/spip.php?article391&var_mode=recalcul

Répondre à cet article

1 Message


Médiathèque Maupassant, 64 rue Édouard Vaillant, Bezons. Tél : 01 79 87 64 00 | Contact | Mentions légales |  RSS