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Chapardeuse

Auteur : Rebecca Makkai

Auteur de l'articleNathalie

Publié le mardi 22 août 2017


Les bibliothèques et la littérature

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Les couleurs de la couverture, le titre -Chapardeuse -ont d’abord attiré mon attention.
Ce titre m’a d’abord intriguée car il s’agit d’un adjectif au féminin. Il n’induit pas la même condamnation morale que le mot voleuse.
Quatrième de couverture : L’un des personnages principaux est une bibliothécaire.
Voilà ma curiosité tout à fait éveillée !

Lucy, bibliothécaire en section jeunesse, dans une petite ville du Missouri, se prend d’amitié pour un garçon de 10 ans, Ian. Il est grand lecteur, elle le conseille, parvient même à lui glisser des lectures qui seraient interdites par sa famille. En effet, la famille chrétienne fondamentaliste de Ian contrôle ses lectures. Lucy se demande même s’il ne subit pas des brimades physiques et sa famille le fait participer à des cours du pasteur Bob, cours de « reprogrammation » pour les enfants dont on pense qu’ils sont homosexuels.
Aussi, lorsque Lucy en arrivant tôt un matin à la bibliothèque, découvre Ian qui y a passé la nuit, après avoir tenté de le ramener chez lui, elle accepte de l’emmener « quelque part » et le road book - qui est au livre ce que le road movie est au cinéma, un genre typiquement nord-américain - démarre.
Lucy conduit au gré des lubies de Ian mais elle passe aussi à Chicago pensant profiter de l’appartement de ses parents pendant que ceux-ci sont en vacances. Mais, ils rentrent plus tôt que prévu.
Que ce soit face à ses parents, pour ses collègues, pour un probable petit-ami, Lucy est obligé de mettre au point un récit qui semble réaliste et cohérent. L’exercice n’est pas simple car le voyage se prolonge et qu’elle tente également d’avoir -discrètement - des informations pour savoir comment est traitée la disparition de Ian et s’il sont tous deux recherchés.
Prendre la route, sortir de son cadre quotidien permet évidemment au personnage principal de s’interroger. Pour Lucy, ce voyage sans cesse improvisé, est l’occasion de réfléchir à ses origines russes, à penser son rapport à ses parents, à son père en particulier, à remettre à sa place la mythologie familiale et à s’affirmer. Mais je vous laisse découvrir les conclusions auxquelles elle arrive et qui m’ont étonnées autant que charmées.
Une autre interrogation traverse le livre. Il s’agit du rapport à chacun à la fiction : comment nous aide-t-elle ou non à appréhender la réalité ?
Pour Lucy comme pour Ian se pose le problème de reprendre une place dans le monde réel, ce voyage, ce « sauvetage » ne pouvant qu’être une parenthèse. Et là encore je laisse le lecteur, la lectrice découvrir quel Deus ex machina les y aidera.

J’ai évidemment apprécié dans ce roman de découvrir une bibliothécaire américaine travaillant dans une bibliothèque publique, au quotidien proche du nôtre -mais proche seulement car elle doit par exemple assister à la soirée des donateurs, ce qu’on ne connaît pas en France - .
Elle exerce aussi au moment où le Patriot Act avait été promulgué aux Etats-Unis après les attentats du 11 septembre 2001, et je me souviens des inquiétudes du monde des bibliothèques à ce sujet.
Enfin, Lucy considère la lecture comme ayant son rôle à jouer dans la construction de la personnalité de chacun grâce à se vertus émancipatrices.

D’une façon plus légère, je note l’intérêt dans les livres, comme dans les films, de l’ancien système d’emprunt avec des cartes cartonnées. Différents systèmes existaient et certains ne garantissaient guère la protection de la vie privée mais ils étaient sources d’histoires à imaginer.
Je me demande également dans quelle proportion, les personnages de bibliothécaires dans les œuvres de fiction sont des femmes travaillant en section jeunesse.
Enfin, j’attire votre attention sur le magnifique cadeau que fait Lucy à Ian, un véritable cadeau de bibliothécaire.

A retrouver dans la galerie au milieu des documents évoquant les bibliothèques et le plaisir de la lecture.


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