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Guy de Maupassant et Bezons

Auteur de l'articleSébastien

Publié le samedi 6 octobre 2007


Pourquoi votre médiathèque s’appelle-t-elle "Maupassant" ?

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Sans doute vous êtes vous posé la question de savoir pour quelle raison la médiathèque s’appelle Maupassant ? Pourquoi ce choix ?

En interrogeant les « anciens » de l’équipe, en parcourant les archives de la médiathèque nous avons découvert un document datant de 1987 réalisé pour la médiathèque par une classe de 4è du collège Henri Wallon sous la direction de Mme Lallemand, professeur de français. En 2007, dans le cadre du vingtième anniversaire de votre médiathèque nous vous proposons des extraits de ce fascicule qui répondra à vos questions.

Consultons la biographie de Maupassant (1850-1893). Que voyons-nous ? Que cet écrivain a parlé de Bezons et de ses environs dans deux nouvelles : "le Petit soldat" et "Au bois".

Avant d’évoquer son attachement à notre région, découvrons rapidement quelques traits particuliers de son écriture à travers quelques romans et contes.

La place de Maupassant dans la littérature

Maupassant a eu beaucoup de succès à son époque. Il vivait de ses écrits. Ceci est très rare pour un écrivain. Il a beaucoup compté dans la littérature romanesque de la deuxième moitié du XIXè siècle.
Son maître était Gustave Flaubert (1821-1880). C’est grâce à cet homme que Maupassant est devenu écrivain. C’est encore lui qui a appris à Maupassant à écrire et à regarder. Il a été très lié avec Emile Zola, le plus célèbre représentant de cette tendance, au point qu’il l’a aidé à publier en 1880 « Boule de suif ». Ensuite il va faire cavalier seul car il est trop individualiste et trop original pour se réclamer d’une école. Il n’aura pas non plus d’imitateurs, même si certaines œuvres de Courteline ou de Kafka qui se moquent de la vie étriquée des petits employés, font penser à certaines de ses nouvelles. Au début du XXè siècle on a un peu oublié Maupassant, jugé démodé, trop facile à lire. En revanche à l’étranger il a été l’un des écrivains les plus traduits et les plus lus en raison de son style simple et clair.

« Point besoin du vocabulaire bizarre, compliqué, nombreux et chinois qu’on nous impose aujourd’hui sous le nom d’écriture d’artiste. » dira Maupassant à l’adresse des Goncourt, de Huysmans mais aussi des symbolistes.

Thèmes des contes et des romans de Maupassant :

Bien souvent c’est la peur qui est au cœur de ses récits. Le temps de ses romans et de ses contes est le plus souvent celui de la guerre de 1870, des querelles politiques, des mœurs parisiennes et provinciales, c’est-à-dire un temps contemporain fidèlement reconstitué. Ce qu’il désire avant tout, c’est percer un jour, brièvement, les mystères du quotidien. Le monde, à ses yeux est une illusion vraie qu’il faut détruire pour que naisse et subsiste l’art qui est peut-être la vérité de l’illusion.

La guerre de 1870 constitue aussi une mine pour cet observateur impartial. Il combat les atrocités et la violence, il peint l’hypocrisie ou la lâcheté des uns, le bravoure et le patriotisme des autres. Si le bonheur apparaît dans ses œuvres, c’est fugitivement (le début de « Mouche », « l’Enfant », « le Pardon », lui aussi succombe sous le poids de cette vérité : car le malheur est cette vérité, celui des animaux ( « l’âne », celui des humbles (« la Rempailleuse », « Yvelin Samoris », « Miss Harriet »).

Il met en scène la vie quotidienne mais il en dévoile les secrets : ceux des prêtres (le saut du berger, mon oncle Sosthène), ceux des ronds de cuir (l’Héritage, En famille, ceux des adultères (« une aventure parisienne, "la bûche", "Maroca", "une passion"), et à la brutalité ("un bandit corse", "la mère aux monstres").

Sans faiblesse, Maupassant traque le quotidien, il le noircit, il l’éclaire.

Quelques romans :

Il y transcrit dans « Mouche » sa principale passion : le canotage sur les bords de la Seine, en compagnie de camarades et de demoiselles peu farouches. Dans « Bel ami » : il tira profit de sa riche expérience de la vie des salles de rédactions parisiennes. Pour « Notre cœur » : fut inspiré de son profond dégoût de la vie mondaine. Pour écrire « La maison Tellier », « Melle Fifi », « une vie », « les contes de la bécasse », « Clair de Lune », « les Sœurs Rondolli », « le cas de Mme Luneau » :, il s’inspire de ses premières expériences parisiennes, utilisant souvent avec une féroce exactitude des faits divers qui lui avaient été contés par des amis d’Etretat, d’Yvetot ou de Fécamp. « Au soleil », « sur l’eau », « la vie errante » où il rapporta de passionnantes impressions. Dans« Fort comme la mort » apparaît déjà une inquiétude et une tristesse croissante.

Maupassant est ainsi présenté dans un recueil de morceaux choisis : « Maupassant n’avait ni un héritage romantique comme Flaubert, ni les théories scientifiques de Zola, ni les raffinements des Goncourt, ni les apitoiements de Daudet : dans le groupe des naturalistes il eut cette originalité d’être directement pénétré par la nature ».

Tous ses contes parlent de sujets précis avec des personnages bien déterminés : l’avare, le riche, le snob, le pauvre !

Il écrit sans utiliser de mots difficiles et avec une pointe d’humour souvent placée à la fin de l’histoire. Dans chaque conte on décèle le culte de l’épouvante (« la Peur »), l’obsession de la mort (« l’Endormeuse »), le surnaturel, les hallucinations !

Parmi les qualités qui placent Maupassant au premier rang des conteurs il faut signaler la vérité.

La technique du conte, en tous cas, nous montre l’auteur à l’aise dans le récit comme dans le dialogue, dans la rédaction d’un journal aussi bien que dans la transcription d’une scène directement notée.

La vérité du ton n’est pas moins grande, il joue sur toute la gamme, du plaisant (« l’âne »), à l’horrible (« la Vendetta »), passant du rire qui secoue, à l’ironie qui amuse, de la polissonnerie légère à l’humour macabre, de la sentimentalité attendrie à une impitoyable lucidité, de l’inquiétude qui angoisse au frisson de l’épouvante. Il s’est ainsi exercé dans presque tous les genres littéraires : poésie, théâtre, roman, nouvelles !

Maupassant et Bezons

Deux nouvelles se déroulent dans le cadre de Bezons et de ses environs : « Aubois » et « le petit soldat ».

« Au bois »

A la mairie de Bezons le maire interrompu dans son déjeuner contemplait un couple de bourgeois mûrs. Ils avaient été arrêtés par le garde champêtre. Hachedur expliqua « je faisais ma tournée vers le bois des Champioux quand soudain le fils Bredel me cria : - il y a un couple d’amoureux de 130 ans à eux d’eux qui ! ! - J’y allai, et je les vis qui s’abandonnaient à leur instinct ! ». Le maire stupéfait considérait les coupables. Le gros bourgeois était dans tous ses états. Son épouse regardait la scène avec un petit air de défi ? « Alors expliquez-vous » demanda le Maire. M. Beaurain, car c’était son nom, s’écria : « c’est sa faute à elle ! elle a voulu un moment de tendresse dans les bois ! et dire que nous allons être condamnés pour outrage aux mœurs ! »

« Petit soldat »

Cette nouvelle bien différente de la précédente nous montre comment Maupassant pouvait passer du comique au tragique. Bezons n’était alors qu’un village et le route poussiéreuse qui y menait était bordée de champs et de bois. Voici un résumé de cette tragique histoire. Chaque dimanche, Jean et Luc, deux petits soldats bretons, doux et calmes, quittaient la caserne de Courbevoie et se dirigeaient vers Bezons. Ils s’arrêtaient au premier bosquet d’arbres et déjeunaient. Vers midi, ils apercevaient la fille à vache arrivant tout droit de Bezons. Ils firent sa connaissance. Tous les trois se donnèrent ensuite rendez-vous pour chaque permission. Pendant la semaine qui suivit, Luc fit des sorties imprévues. Le dimanche, Jean compris que son ami et la jeune fille étaient tombés amoureux l’un de l’autre. Il sentit en lui un chagrin cuisant et une souffrance profonde !

La correspondance de Maupassant nous laisse de précieux témoignages de son passage à Bezons, de sa prédilection pour ce joli bois des Champioux où il a dû, très certainement se rendre en galante compagnie. Il aimait à ce point Bezons qu’il se réjouissait aussi de tout se qui s’y passait pour le bien être des habitants et le sien. Nous savons ainsi en quelle année les tramways ont fait leur apparition à bezons.

Voici quelques extraits de ces lettes adressées en particulier à sa mère

1876
« Nous aurons l’année prochaine les tramways à Bezons, ce qui changera le pays de tout au tout. Si j’avais de l’argent, j’achèterai en ce moment un beau morceau de terre à vendre que je connais. La meilleure terre du pays, contre le rivière dans bezons, 9000 mètres à 1,50F le mètre, et je serai bien certain de le revendre 4F le mètre, d’ici à deux ans, mais il y a, paraît-il, déjà des amateurs sérieux. »

1875
«  ! il fait aujourd’hui une chaleur terrible et les derniers parisiens vont certainement se sauver ! les canotiers de mes amis qui demeurent à Bougival (2 lieue ½ de Bezons) sont supercoquentieusement esmerveillés quand je viens vers minuit leur demander un verre de rhum. »

1875
«  ! j’ai découvert à deux kilomètres de Bezons un très beau bois, !, c’est absolument désert et inconnu, avec de très joli sentiers d’herbe et je crois que tous les oiseaux des environs de Paris chassés en des lieux fréquentés, se sont donnés rendez-vous là. J’y suis retourné après mon dîner, à la nuit tombée, et j’ai entendu trois rossignols qui se répondaient et qui chantaient merveilleusement. Certes s’il m’était permis d’acheter une propriété aux environs de Paris, je choisirai ce petit bois perdu. »

Biographie

1850 : naissance, probablement à Fécamp et non comme l’indique l’acte de naissance au château de Miromesnil.

1854 : les Maupassant s’installent au château de Grainville-Ynauville.

1859 : la famille quitte la Normandie pour Paris où son père, Gustave, a dû prendre un emploi dans une banque. Ses liaisons entraînent la séparation des époux, et Laure, sa mère, se retirera bientôt dans sa villa des Verguies à Etretat avec ses deux enfants.

1863 : Guy entre au petit séminaire d’Yvetot dont la tristesse lui pèse, il compose ses premiers poèmes.

1869 : Exclu du petit séminaire pour un poème impertinent, Guy achève sa rhétorique au lycée de Rouen. Il a pour correspondant le poète Louis Bouilhet qui avec Flaubert, corrige ses premiers essais.

1869 : mort de Louis Bouilhet. Bachelier, Guy s’inscrit en droit à Paris.

1870 : guerre franco-allemande, Guy est mobilisé, attaché à l’intendance ; pendant la débâcle, il manque d’être fait prisonnier.

"Quand je songe à ce mot, la guerre, il me vient un effarement comme si on me parlait de sorcellerie, d’inquisition, d’une chose lointaine, finie, abominable, monstrueuse, contre nature." (Sur l’eau).

1872 : Guy de Maupassant obtient un emploi au ministère de la marine et s’inscrit en deuxième année de droit.

1873 : parties de canotage sur la Seine, il rédige des contes et Flaubert le guide.

1876 : Maupassant fréquente quelques parnassiens, ainsi que Zola, Daudet et Huysmans, toujours Flaubert.

1877 : Problèmes de santé dus à la syphilis.

1880 : Maupassant doit comparaître devant le juge d’Etampes pour outrage à la morale publique à cause de son poème « une fille » ; Flaubert intervient en sa faveur.

1880 : premier succès avec Boule de suif, suivront de 1880 à 1990 : 300 contes, 7 romans, 3 récits de voyages et des poèmes.

1881 : Voyage de deux mois en Algérie. Troublé politiquement il écrit des chroniques engagées.

1883 : santé chancelante, début d’inquiétudes : migraines, troubles, vertiges.
" Une fois sur deux, en rentrant chez moi, je vois mon double. J’ouvre ma porte, et je me vois assis sur mon fauteuil. "

1887 : malgré l’aggravation de sa santé, « le Horla » est publié l’année où son frère meurt de folie.

1891 : Maupassant ne peut plus écrire tant sa santé se détériore. Dépression et grande période de fatigue. Les premières atteintes de la paralysie générale lui causent de véritables tortures et son comportement en souffre.

1892 : il tente de se trancher la gorge." C’est la mort imminente et je suis fou". Interné dans la maison de santé de Passy pendant 18 mois il meurt le 6 juillet 1893.


Bibliographie par ordre chronologique :

* Boule de Suif (1880)
* La Maison Tellier (1881)
* Une partie de campagne (1881)
* Mademoiselle Fifi (1882)
* Ce cochon de Morin (1882)
* La Légende du Mont Saint Michel (1882)
* La Ficelle (1883)
* Deux Amis (1883)
* Une vie (1883)
* Aux champs ( 1884)
* Vendetta (1883)
* Contes de la bécasse (1883)
* Au soleil (1884)
* Clair de lune (1883)
* Les Sœurs Rondoli (1884)
* Yvette (1884)
* La Parure (1884)
* Miss Harriet (1884)
* Adieu ! (1884)
* L’Héritage (1884)
* Monsieur Parent (1885)
* Bel-Ami (1885)
* Contes du jour et de la nuit (1885)
* Le Horla (1887)
* Sur l’eau (1888)
* Pierre et Jean (1888)
* Le Rosier de Madame Husson (1888)
* Le Port (1889)
* Fort comme la mort (1889)
* La Main gauche (1889)
* Histoire d’une fille de ferme (1889)
* Mouche (1890)
* La Vie errante (1890)
* Notre cœur (1890)
* L’Inutile Beauté
* Publications après sa mort de : Le Père Millon (1899), Le Colporteur (1900), Les Dimanches d’un bourgeois de Paris (1900), La Chevelure, Le Masque, Rose.

Pour en savoir plus, la plaquette est consultable à la médiathèque sur simple demande ainsi que les nombreux documentaires retraçant et l’histoire de notre ville et celle de Guy de Maupassant.

P.-S.

Dans la liste des collégiens ayant participé à cette brochure en 1986 figurent des lecteurs qui viennent toujours à la médiathèque. Manifestez-vous !


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