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Hommage à Aimé Césaire

Auteur de l'articleMélanie L

Publié le vendredi 18 avril 2008


"Liberté mon seul pirate" (Aimé Césaire, père de la négritude et des martiniquais)

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"Papa Césaire" - c’est ainsi que les martiniquais l’avaient surnommé- est décédé jeudi 17 avril 2008 à l’âge de 94 ans à Fort-de-France. Le poète de la "négritude" et leader du mouvement anticolonial avait été maire de Fort-de-France jusqu’en 2001. La Médiathèque souhaite rendre hommage à cette figure antillaise emblématique.
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Une vie


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Aimé Césaire, né à Basse-Pointe le 25 juin 1913 dans une famille modeste, défendait sous le terme revendiqué de négritude les racines africaines des noirs et s’opposait fortement à l’assimilation culturelle imposée par le colonialisme. Il avait une réelle volonté de montrer que le concept de "négritude" qu’il avait lancé et porté avec le sénégalais Léopold Sédar Senghor dans les années 1930 tend à l’universalisme : "Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-panthères, je serais un homme-juif, un homme-hindou-de-Calcutta, un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas", écrit-il en 1939 dans son recueil Cahiers d’un retour au pays natal, l’une de ses oeuvres les plus connues. Dans le journal L’Etudiant noir, créé en 1934 avec d’autres écrivains africains et antillais, Aimé Césaire définit la négritude comme la "solidarité de la diaspora au monde africain".
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Son destin exceptionnel avait été tôt annoncé, car ce petit-fils du premier enseignant noir de Martinique est devenu également l’un des rares étudiants antillais à intégrer l’Ecole normale supérieure. Il y est reçu en 1935 et devient professeur, métier qu’il exercera peu cependant. Pendant la Seconde guerre mondiale, il enseigne à Fort-de-France, où il se fait élire maire en 1945, à l’âge de 32 ans. Il ne quittera son siège qu’en 2001. Il siège aussi à l’Assemblée nationale de 1946 à 1993. D’abord communiste, il s’écarte du PCF et fonde le Parti progressiste martiniquais. La carrière politique ne l’empêche pas de réaliser une œuvre littéraire riche.
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Quel destin que celui de cet homme qui se qualifiait de « Nègre, nègre, depuis le fond du ciel immémorial », auteur d’une œuvre revendicative et parfois proche du surréalisme, et qui fut étudié dans les universités et célébré à la Comédie-Française !
En 2006, des admirateurs créent une association intitulée « Institut Aimé Césaire des Lettres et des Arts des Amériques et de l’Afrique », et son nom est donné à l’aéroport de Fort-de-France.
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Son œuvre


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Aimé Césaire nous laisse une quinzaine de recueils de poésies, de pièces de théâtre et d’essais.
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Poésie

Cahier d’un retour au pays natal (1939)

Les armes miraculeuses (1946)

Soleil cou coupé (1948)

Corps perdu (1950)

Ferrements (1960)

Cadastre (1961)

Moi Laminaire (1982)

La poésie (1994)
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Théâtre

Et les chiens se taisaient (1958)

La tragédie du roi Christophe (1963), sur la décolonisation.

Une saison au Congo (1966), sur Patrice Lumumba.

Une tempête (1969)
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Essais et polémiques

Victor Schoelcher et l’abolition de l’esclavage (1948)

Discours sur le colonialisme (1950), cri de révolte contre l’Occident, juché sur « le plus haut tas de cadavres de l’humanité ».

Toussaint Louverture. La Révolution française et le problème colonial (1961)

Lettre à Maurice Thorez
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Quelques mots de....


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... Françoise Vergès, professeur de sciences politiques à l’université de Londres : membre du Comité pour la mémoire de l’esclavage, et auteur d’un livre d’entretiens (1) avec Aimé Césaire :
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« Aimé Césaire a parlé de l’identité caribéenne et de l’identité noire comme d’une histoire culturelle. La négritude n’est pas une cathédrale, ce n’est pas une identité essentialisée. Pour lui, c’est une identité dynamique, historiquement enracinée. Il avait horreur de tout ce qui ramenait cette identité du côté "victimaire", mais il disait : "Je ne peux pas faire autrement que de penser à ce qui m’a fait naître sur cette île-là." Il était aussi très intéressé par ce qui se passait dans tout le monde noir, dans la Caraïbe, mais aussi en Amérique et en Afrique. Il ne le considérait pas comme un monde unitaire, mais comme un monde qui partageait un certain nombre de choses.
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Quant au mot de "négritude", Césaire et Senghor - ces très jeunes gens qui rencontraient tous ces autres Noirs, Africains et Américains - l’ont certainement élaboré ensemble quand ils se sont retrouvés à Paris. Pour la première fois, sans doute, ils se sont demandés : "Qu’est-ce que c’est d’être noir ?" Maintenant que, en France, la question se pose à nouveau, c’est intéressant de repenser à ce qu’écrivait Césaire. Il disait que ça n’était pas facile d’être Antillais, d’être issu d’une histoire d’esclavage, de colonisation, pas facile d’avoir cette histoire insulaire, d’habiter sur ces petits territoires à l’économie et à la société fragiles. Quel est notre présent ? Quel est notre avenir ? Que faire quand on a été construit par la colonisation française ? Il faut, disait-il, inventer quelque chose, ça n’est pas facile, mais c’est intéressant. Il avait aussi une voix originale sur l’esclavage. Si on repense aux débats récents sur la question des réparations, imaginer de combler cette blessure, ce manque, il trouvait ça absurde. On ne refait pas l’histoire. Elle est là. Quant à l’esclavage, c’est un point complexe. Ce n’est pas seulement la souffrance et la déportation. Ce sont aussi les mondes créés au milieu de cette souffrance. Il y a la langue, l’écriture, la musique, une manière de vivre créole. Et surtout, cette aspiration jamais défaite à la liberté. »
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(1) Nègre je suis, nègre je resterai, Albin Michel, 2005,148 pp., que nous avons à la Médiathèque.
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Aimé Césaire parle de Léopold Sédar Senghor


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Et pour finir, une petite citation, extraite de l’entretien de Présence africaine avec Aimé Césaire :
C’est quoi une vie d’homme ? C’est le combat de l’ombre et de la lumière ! C’est une lutte entre l’espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur ! Je suis du côté de l’espérance, mais d’une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté.


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