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La leçon d’allemand

Auteur : Siegfried Lenz

Auteur de l'articleJean-Pascal

Publié le vendredi 20 mai 2011



"Lui, Max Ludwig Nansen, considérait que le monde était effectivement peuplé de diables et que l’homme qui peignait ces diables était effectivement le peintre de la dégénerescence".

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1954, Siggi est enfermé dans un centre de rééducation pour jeunes délinquants. Plus précisément, il est au moment où l’histoire débute contraint à l’isolement, puni pour n’avoir pas fait une rédaction dont le sujet était : « les joies du devoir ».

Un exercice qu’il est incapable d’effectuer. Non par manque d’idées ou de réflexion mais au contraire parce-qu’il est submergé par ses souvenirs et ses émotions. Car aux « joies du devoir » il ne peut s’empêcher d’ associer « les tristesses du devoir ».

Finalement, il va se mettre à écrire sans plus pouvoir s’arrêter, refusant même de mettre un terme à la punition avant d’éprouver le sentiment d’avoir accompli un travail de mémoire qui est aussi un travail sur lui-même.

Tout commence vraiment en 1943.

Jepsen, le père de Siggi, est le responsable du poste de police de Rugbüll, petit village du nord de l’Allemagne.
L’un de ses amis d’enfance est le peintre Max Ludwig Nansen.
Les familles se fréquentent et tout va pour le mieux jusqu’au jour où un ordre arrive de Berlin : le peintre doit cesser de peindre, son oeuvre étant jugée subversive.... C’est comme si on lui demandait de cesser de respirer, donc de vivre. D’emblée, il essaye de raisonner son ami - lui rappelant par ailleurs qu’il lui a autrefois sauvé la vie -, tout en lui expliquant qu’il est inenvisageable de se conformer à cette interdiction, puisque Jepsen est bien évidemment chargé d’y veiller.
L’affrontement débute, la surveillance se met en place, en vain : le peintre continue à peindre, la nuit, à l’abri de la contrainte dans son atelier. Jepsen n’est pas dupe, alors qu’arrive une nouvelle injonction : une partie de son oeuvre doit être confisquée, toujours pour les mêmes raisons.

Max comprend qu’il n’y a rien à attendre d’un tel pouvoir si ce n’est sa disparition. Il fait part à Jepsen et à travers lui aux autorités de tout le mépris qu’il ressent pour leur censure. Il affirme qu’il peindra dorénavant des « peintures invisibles »...

Les habitants du village sont étonnés du zèle du policier : on en déduit qu’il en a fait une affaire personnelle. En réalité, c’est sa logique intellectuelle qui fixe les règles de ce jeu pervers : il estime que l’on doit respecter les ordres sans les contester et sans réfléchir, s’accordant parfaitement en cela au régime nazi qui l’emploie. Son intransigeance et sa persévérance effrayent Siggi qui est un jeune garçon sensible. Leur père ira même jusqu’à continuer son harcèlement après la défaite allemande, privé de toute légitimité mais n’admettant pas sa défaite, et à renier ses enfants. Klass, le frère aîné qui a déserté, Hilde, leur soeur qui a servi de modèle au peintre et Siggi, qui a refusé de l’aider à « coincer » Max. Tout ce qui contrarie ses convictions doit être combattu sans relâche et sans faiblesse.

Cela aura des répercussions sur le développement psychologique de Siggi et le poussera vers une délinquance assez particulière, à l’origine de sa détention. Le condamnant finalement à s’interroger sans répit sur la nature humaine, cerné par des questions sans réponses qui le paralysent et en font un être torturé par l’incertitude, incapable de se projeter vers un avenir serein.

Cette histoire est librement inspirée de la vie d’Emil Nolde.

Elle explore l’univers créatif d’un peintre, nous expose son point de vue sur la peinture en général, qui révèle une vérité que chaque artiste tente d’exprimer, de communiquer, chacun à sa manière. Et surtout, elle insiste sur l’importance de l’art et sa résistance face à la dictature, face à un pouvoir qui vit dans l’illusion : on ne peut pas empêcher les gens de créer, de penser, et c’est bien là l’essentiel !
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