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La maison du splendide isolement

Auteur : Edna O’Brien

Publié le samedi 6 juillet 2013


"L’Histoire est partout. Elle s’infiltre dans le sol, le sous-sol. Comme la pluie, la grêle, la neige, le sang. Une maison se souvient ; des remises se souviennent. Un peuple rumine. Le conte diffère selon le conteur."

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Pour bien comprendre ce récit, un petit coup d’œil à la situation historique et politique de l’Irlande, puis la prise en considération de l’année de parution de ce livre sont conseillés avant de commencer votre lecture. Pas véritablement pour en appréhender le sens mais pour en saisir les enjeux qui nous paraissent aujourd’hui un peu lointains dans le contexte actuel de la crise que connaît le monde, Irlande incluse.

Josie est une vieille femme malade et seule dans son manoir délabré. Elle y survit dans le désordre des choses et des souvenirs. Un soir, un homme s’introduit chez elle : c’est McGreevy, un activiste qui a toutes les polices du pays à ses trousses. Il n’est pas là par hasard : on lui avait indiqué cet endroit comme une planque sûre et il s’attendait à en être le seul occupant.

Le voilà confronté à la propriétaire des lieux, avec qui il semble n’avoir rien en commun. Du moins en apparence car ils ne peuvent éviter de se parler, de se raconter. Et au-delà de ce qui les oppose au premier abord, ils vont se découvrir en se penchant sur leur passé et en rompant leurs solitudes respectives. Des sentiments qu’on croyait oubliés vont renaître.

Josie a été une femme mariée puis délaissée. Elle voulait fonder un foyer avec un homme ayant une bonne situation et c’est ce qu’elle pensait avoir trouvé avec James. Hélas, son mari, qu’elle a séparé à grand peine de son frère, boit un peu trop. L’absence d’enfant n’arrange pas les choses, pas plus que son attirance pour un jeune prêtre qui se refuse naturellement à elle. Elle n’est pas heureuse, tous deux se repoussant et se reprochant leur échec. Pour finir, elle sera à l’origine de la mort accidentelle de son mari en dénonçant un activiste à la police.

Et justement, voilà qu’un autre activiste des plus extrémistes s’impose à elle. Elle essaye de le raisonner. Deux conceptions de la politique s’exposent. Pour elle, les grands principes qui justifient l’action terroriste ne valent rien en regard des vies humaines sacrifiées. Elle affirme que l’Irlande dont il rêve n’existe déjà plus. Lui ne veut rien entendre. Tout est admissible quand il s’agit de chasser l’Anglais, de réunifier le pays, de conserver son identité et de préserver les grands idéaux de justice et de liberté. De fait, on apprendra que McGreevy a déjà payé un lourd tribut personnel à la lutte armée : rien ne peut l’arrêter, même la perspective de ne plus revivre une vie normale, entouré des siens.

Les Irlandais sont plus que jamais divisés sur la légitimité de ce combat, de ses dérives, de sa violence. On le voit avec McGreevy, tantôt aidé, rejeté ou condamné. La guerre civile est bien ce qu’il y a de plus dramatique pour un peuple : on se tue entre frères et l’on ne sait plus qui est ami ou ennemi.

Josie doit prendre une décision car il est difficile de rester neutre dans un tel contexte, quel que soit son niveau d’implication : le dénoncer - comme elle a fait autrefois - où le sauver ? Rory, un policier obstiné et rusé est venu la voir et la soupçonne de ne pas tout dire : elle va faire son choix tout en se doutant qu’elle est surveillée de près. Josie entend « les chaînes des morts » revenus visiter les vivants...

Edna O’Brien est fière de ses origines, consciente de l’importance et de la singularité de l’histoire de son pays. Un pays envoûtant, mystérieux, et dont l’insularité contribue à renforcer la spécificité. Pour autant elle s’interroge.

Cette révolte ne devrait-elle pas cesser pour éviter qu’il ne devienne à son niveau « la maison du splendide isolement » ? Aujourd’hui nous connaissons la réponse. Quant à savoir si elle satisfait tout le monde, la question demeure...
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