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La mort du roi Tsongor

Auteur : Laurent Gaudé

Auteur de l'articleJean-Pascal

Publié le mardi 23 avril 2013



Le berceau de l’inhumanité

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Dans un royaume imaginaire mais déjà imaginé ailleurs, le roi Tsongor s’attend à vivre le plus grand jour de sa vie, une sorte d’aboutissement. Il s’apprête à marier Samilia, sa fille unique, avec le prince Kouame. Un mari qu’il lui a choisi car cette union viendrait encore augmenter la grandeur de son empire. Un empire aux pieds d’argile et aux pieds sales. Salis par le sang répandu lors des innombrables massacres qui ont jalonné son parcours.

L’adage selon lequel « Qui a vécu par le glaive périra par le glaive » va se vérifier encore une fois.

C’est d’abord son vieux serviteur Katabolonga, dernier survivant d’une tribu exterminée par ses soldats, qui veut tenir la promesse qu’il lui a faite il y a si longtemps de le tuer. Puis c’est au tour de Sango Kerim - son fils adoptif parti loin de son père comme Tsongor autrefois pour se faire un nom - de revenir. A la tête de son armée, il s’invite à Massaba, capitale du royaume, pour réclamer lui aussi la main de Samilia comme elle s’y était engagée lorsqu’ils étaient enfants.

Tsongor comprend alors que son passé meurtrier et guerrier l’a rattrapé : il est l’heure de faire les comptes. Que tout ce qu’il avait patiemment construit pour lui et sa descendance risque de disparaître brutalement. Bien sûr, il a un jour cessé ses massacres pour administrer ses possessions, mais cela ne changera plus son destin ni celui des siens. Si haut qu’il soit parvenu, il ne vaincra jamais la vie, la mort et les dieux, plus impitoyables que lui.

Aujourd’hui, le voilà placé dans l’impossibilité de se prononcer en raison de sa promesse et de celle de sa fille à qui le prince Kouame ne déplait pas. Très affecté par son échec, il choisit la fuite, dans le suicide. Mais avant, il demande à Katabolonga - dont la rancœur s’est trop affaiblie pour mettre son projet à exécution - de veiller sur lui jusqu’à ce qu’il puisse partir sereinement. Car Tsongor, même mort, ne peut partir apaisé. Pour cela, il exige de Souba, son plus jeune fils, la construction de sept tombeaux pour trouver l’endroit qui accueillera sa dépouille et lui offrira un repos définitif.

En attendant, il va assister depuis les limbes à l’effondrement de son royaume : ce sera sa punition. Il pensait que sa disparition renverrait dos à dos les prétendants à qui il va demander - par la voix de Katabolonga - de renoncer et de laisser sa fille épouser un autre qu’eux , mais il n’en sera rien. Samilia n’arrive pas à se décider pour l’un des deux et ses fils vont au contraire se retrouver opposés dans les deux camps. Samilia qui se croit maudite et incapable d’apporter le bonheur devient l’enjeu d’un affrontement qui la dépasse, alimenté par la violence des hommes. C’est la folie qui s’exprime dans cet affrontement.

Drame intemporel, largement inspiré par la tragédie grecque, et des thèmes sans cesse rejoués.

Le pouvoir, la richesse, la gloire, le combat. La conquête sous toutes ses formes... Voilà ce qui inspire l’œuvre de Laurent Gaudé dans son ensemble et qui touche à l’universalité.

Et quand on oublie la paix pour la guerre, la destruction est le seul vainqueur. Ainsi finissent les plus grandes civilisations !

Ce que l’on ne veut pas partager, on le perd en l’arrachant à l’autre.

Massaba assiégée ne sera bientôt plus que ruines que se disputeront jusqu’au bout les belligérants aveuglés par leurs désirs, et dont les forces déclinent doucement. Samilia reviendra sur le devant de la scène par un acte où elle assume enfin son rôle.

Pendant ce temps, Souba parcourt le royaume, construit des mausolées, et apprend à connaître tous les visages de son père. Il le voit par les yeux des autres, tandis que les siens s’ouvrent. Il finira ainsi par savoir qui il était et qui il est lui-même : le dernier descendant du roi Tsongor.
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