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Le sillage de l’oubli

Auteur : Bruce Machart

Auteur de l'articleJean-Pascal

Publié le mardi 29 novembre 2016


- Je suppose que dans le malheur, on doit aimer être entouré.
- Je crois pas. Je crois que dans le malheur, on n’aime plus rien.

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Il y peu de temps, je vous ai parlé de ce livre et voilà que son « demi-frère » me passe entre les mains ! Pas tout à fait le même mais tellement proche dans l’esprit et, cela n’est pas un hasard, publié chez le même éditeur.

L’époque est différente et donc les choses ne peuvent se passer de la même manière mais l’environnement, bien que géographiquement opposé (du Montana au Texas), témoigne aussi de cette âpreté qui façonne ses habitants.

A l’orée du vingtième siècle, naissait celui qui serait le dernier des frères au sein d’une famille de fermiers. Tandis qu’une vie s’éveille, une autre s’endort pour toujours en la personne de la mère de l’enfant. Vaclav en voudra toujours à Karel qui lui enlève la seule personne qu’il eut jamais aimée et qui parvint à adoucir son caractère ombrageux.

Pour Karel et ses frères, point de répit. En ces temps pas si reculés, les enfants ne semblent devoir être nourris qu’à condition de mériter leur pitance. On manque facilement de tout sauf de travail à faire et de coups à prendre.Faute de cheval de trait, ce sont ses propres fils que le père utilise pour tirer la charrue dans les champs. Ils en garderont tous une infirmité au niveau du coup !

Pour autant, les chevaux ne sont pas complètement absents de la ferme mais ce maigre cheptel est uniquement destiné à un autre usage. Vaclav a trouvé un moyen original et moins fatigant d’accroître ses maigres revenus. Il propose à ses voisins de mettre en jeu des parcelles de terre qui seront perdues ou gagnées à l’issue d’une course de cheval.

Karel a au moins une qualité : il est le meilleur cavalier de la fratrie. Sur son cheval, il est un autre, qui fait corps avec sa monture Tout ce passe bien jusqu’au jour où survient dans la région un riche Espagnol avec ses trois filles à marier. L’objet du pari est un peu différent puisque si Vaclav perd, ses fils devront aussi épouser ses filles qu’il estime être en âge de se marier. Le père accepte car l’affaire ne paraît pas si mauvaise...

On voit néanmoins qu’il y a d’emblée un problème puisque Vaclav a quatre fils et que le concurrent serait aussi le seul à ne rien « gagner ». On devine ce qui pouvait arriver : Karel est attirée par l’une des filles et cela ne sera pas sans conséquence sur l’issue de la course ! Ses frères, pas insensibles au charme des jeunes filles espèrent évidemment qu’il échouera...

Comment Vaclav et Karel vont-ils ensuite vivre ensemble ?

On ne le sait pas immédiatement car l’auteur alterne les séquences du récit sur trois dates : 1895, année de naissance de Karel, 1910, année où a lieu cette course décisive, 1924, année du dénouement durant laquelle le père finira par mourir comme il a vécu : dans l’excès et la violence. Même si on peut lui accorder des circonstances atténuantes...

Cette dernière année est comme une renaissance pour Karel. Lui-même a fini par se trouver une compagne et fonder une famille. Depuis longtemps, il ne parle plus à ses frères et chacun mène ses affaires adossées à celles de leur beau-père. N’est-il pas temps de se retourner sur le passé et de solder les comptes, y compris avec sa mère qui lui a tant manqué ?


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