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Les amants parallèles

Genre :  album concept

Auteur : Vincent Delerm

Auteur de l'articleArnaud

Publié le mardi 21 janvier 2014


Une histoire simple comme l’air

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1971, Serge Gainsbourg publie son meilleur album concept, l’histoire d’une lolita tombée sous le charme du conducteur d’une silver ghost de 1910. Sur la dernière piste, "cargo culte", l’histoire se termine dans le crash d’un avion et sur les paroles d’un homme, dorénavant seul : "Et je garde cette espérance d’un désastre aérien qui me ramènerait Melody, Mineure détournée de l’attraction des astres".

Attention, analogie qui pourrait en froisser plus d’un, mais que je vais m’empresser de justifier.

2013, Vincent Delerm publie son premier album concept et peut-être son meilleur disque à ce jour, "les amants parallèles". Tout commence dans un avion. "L’avion s’était finalement posé dans la neige, Il avait tourné 18 minutes dans le brouillard et s’était posé dans la neige. Ils se connaissaient à peine. Il s’était promis de ne plus jamais pensé à elle une fois au sol. Tout resterait dans l’air. Et il n’y parviendrait pas".


L’amour est dans l’air. Le coup de foudre, le 7ème ciel. Quand on tombe amoureux, on ne touche pas terre, l’expression "avoir les pieds sur terre" est laissé aux autres. Il serait plus juste de dire qu’on lévite amoureux, tombé du ciel, mais pas encore à terre. Vincent, Serge, seriez-vous des amoureux en air ? Serge, je vous dispense de répondre...

Ainsi donc, l’amant tombe amoureux de l’amante. Vincent Delerm raconte ces petits riens qui font les petits bonheurs, ces petits moments où au lieu d’être seuls, les deux ne font qu’un. Petit à petit, l’intimité s’invite. L’homme se faufile dans le quotidien de la jeune femme. Il visite le passé et laisse s’égrainer les souvenirs de l’autre et se les approprie. "C’était un souvenir en partie vague pour elle et il n’avait pu s’empêcher d’ajouter d’avantage de flou encore. Comme s’il re-photographiait une image déjà abimée. Il n’avait retenu que la chose importante : Il dormait à côté d’une fille qui un soir avait vu des robes de Dalida dans un placard de la rue d’Orchampt".
Vincent Delerm laisse son micro à une jeune femme. Une belle voix qui murmure, chuchote, raconte, les petites histoires qui font de Delerm, un véritable témoin, voire espion de ce qui nous bouleverse... jusqu’à nos lectures parallèles dans un lit à deux places...



Ce qui devait arriver est arrivé. "A cet instant elle pensa "Voilà c’est la fin de cette histoire, la fin de cette vie là". Ces deux là une dernière fois". Après la naissance de son enfant, Vincent (car il est bien impossible que l’amant soit quelqu’un d’autre) voit son enfant dormir dans le tee-shirt de Johnny Marr, le guitariste des Smiths, vestige d’un temps où la double-otite et les gardes partagées n’étaient pas encore d’actualité. Vincent, j’ai moi-même eu un tee shirt Morrissey, le chanteur des Smiths. Je penserai à faire dormir mon fils dedans...




Les amants parallèles vieillissent, grisonnent, s’aiment encore et toujours, s’agacent des menus défauts de l’autre et s’embrassent tendrement en attendant les enfants. L’histoire d’amour est juste jolie, sans drames, sans rebondissements. Les textes sont magnifiés par les notes d’un piano arrangé, et les voix qui au fil des écoutes deviennent de plus en plus familières. Trente minutes de vie, résumées par touches délicates qui sauront vous toucher si comme eux, comme Melody Nelson et Serge Gainsbourg, vous avez su tomber amoureux sans toucher le sol...


P.-S.

A noter que Vincent Delerm est un artiste complet... A l’occasion de ce nouvel album, il traque aussi ce qui nous entoure à l’aide de son appareil photographique. Le résultat est contenu dans le livret de l’album et sur son tumblr : http://vincentdelerm.tumblr.com


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