Accueil > Lire > Romans > Romans adultes > Lumières de Pointe-Noire

Lumières de Pointe-Noire

Auteur : Alain Mabanckou

Auteur de l'articleJean-Pascal

Publié le mercredi 8 octobre 2014



"Ceux qui me croisent pressentent que je ne suis pas d’ici ou plutôt que je ne suis plus d’ici."

Votre avis sur ce document

Jusqu’où un écrivain se livre-t-il lorsque il pratique l’autofiction ? Pourquoi Alain Mabanckou décide-t-il d’en dire davantage aujourd’hui avec le désir de nous convaincre de son honnêteté ?

Invité par l’Institut français du Congo, l’auteur en profite pour régler ses comptes avec son histoire personnelle. Passage presque obligé dès lors qu’il revenait au pays natal, mais aussi parce qu’il n’était pas revenu plus tôt... Or c’est bien connu, plus on tarde, plus la vérité est dure à dire...

Parler à la fois de ce qu’il doit à ses parents et admettre qu’il ne l’a pas dit avant qu’il ne soit trop tard n’est bien sûr pas facile, même en expliquant les raisons de cette omission.

Aujourd’hui, il veut au moins leur rendre hommage.

Il avoue sa peine et sa culpabilité d’avoir « grandi » loin de cette mère qui s’est sacrifiée pour lui, se rappelant sa fierté, sa volonté de faire face et de surmonter les difficultés pour qu’ils s’en sortent. Toute à sa joie d’avoir un enfant malgré la fuite du géniteur et les prédictions malveillantes d’une cousine jalouse qui lui avait affirmé qu’elle mourrait seule. Et pourtant, d’une certaine manière, c’est bien ce qui est arrivé...

Lorsque ils se sont quittés au moment de son départ pour la France -il y a déjà vingt-trois ans -, ils savaient intimement que c’était la dernière fois qu’ils se voyaient : l’émotion était palpable. Elle lui avait juste demandé avant de s’éloigner de ne pas la décevoir et de se souvenir de qui il est et d’où il venait. Comme le dit un proverbe africain : « l’eau chaude n’oublie pas qu’elle a été froide ».

Cela n’impliquait-il pas qu’il revienne la voir de temps à autre dès lors qu’il en avait la possibilité ?

Comment admettre alors qu’il ne fut même pas présent le jour de son enterrement alors que sa disparition l’a bien sûr touché ? Et dix ans après, qu’on ne le vit pas non plus à celui de son beau-père dont il reconnaît pourtant qu’il l’a élevé comme son fils ?

Alain Mabanckou s’en explique sans pour autant s’en excuser : chacun jugera son argumentation en fonction de son expérience, de ses croyances et de ses convictions personnelles. Il a au moins le courage de se confronter à ses démons intérieurs.

Que reste-t-il alors de ce passé congolais dont il est indissociable mais à la fois si proche et si éloigné ?

Une famille, des amis, un environnement, des souvenirs qui ont changé, tout comme lui, chacun évoluant de son côté à son rythme et subissant le mouvement du temps. Un autre proverbe nous enseigne que « l’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ».

Une famille et des amis qui, connaissant son succès, ne cachent pas leur jalousie et formulent des demandes plus ou moins justifiées et qu’il accepte plus ou moins. Il a beau relativiser le bonheur qu’il y a à réussir et à vivre à l’occidentale, on l’écoute peu sur ce point. Et l’on hésite pas à le culpabiliser par rapport à sa trop longue absence pour obtenir gain de cause. Comme en ce jour où on le reçoit à déjeuner et où il constate que la table a été mise avec deux chaises qui vont forcément rester vides...

Un environnement économique et politique différent. L’occasion pour l’auteur de donner son avis et de souligner les responsabilités des uns et des autres quant à la persistance des inégalités et de la misère dans un pays potentiellement riche. Que ce soit lié au comportement des autochtones ou des ex-colonisateurs, chacun ayant conservé leurs mauvaises habitudes.

Tout lieu revisité est l’occasion, au travers de rencontres et de l’évocation de ces glorieuses années, d’une discussion ou d’une réflexion alimentant le récit, dans un style plus grave que sa prose habituelle. Cela s’apparente davantage à un journal où son passé est comparé au présent qu’à un roman.

Finalement, quel but poursuivait-il en l’écrivant ? Désir personnel évidemment, prise de conscience probablement, peut-être provoquée par son entourage ou de manière indirecte par la lecture d’un livre.
Travail de deuil certainement, de justification cela est beaucoup moins évident...

Voilà le dernier jour : c’est à nouveau l’heure du départ. A-t-il fait ce qu’il devait faire ? Il reste seul pour y réfléchir avant de repartir. On l’a beaucoup questionné à ce sujet : reviendra-t-il ? Rien n’est moins sûr...

_


Médiathèque Maupassant, 64 rue Édouard Vaillant, Bezons. Tél : 01 79 87 64 00 | Contact | Mentions légales |  RSS