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Mostarghia

Auteur : Maya Ombasic

Auteur de l'articleJean-Pascal

Publié le samedi 11 mai 2019


« Rendez-moi mon pays. Rendez-moi ma vie, mon pont et ma ville ».

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Ce livre est davantage un récit autobiographique qu’un roman. Il n’en est que plus touchant.

Le père de l’auteur vit ses derniers jours et elle en apprend encore sur lui. Dans tous les pays qu’ils ont traversés, il en a toujours refusé d’apprendre la langue et les codes,. retrouvant sa liberté dans l’art, langage supérieur. Pour lui, la peinture est au-dessus des mots, de l’intellect et du savoir. Elle était toujours là pour tout « traduire », pour aider. Et ce n’est que maintenant qu’elle s’aperçoit qu’il aurait pu faire davantage sans elle. C’était sans doute un choix, pour échapper à la bêtise des hommes. Il est difficile de le lui reprocher aujourd’hui alors que la mort arrive.

Retour sur leur existence chaotique, sur cette histoire d’exil qu’elle a besoin de raconter. Les livres lui ont déjà permis d’échapper à la tragédie dans laquelle elle a été plongée très tôt.

La famille est originaire de Mostar en Bosnie. Le conflit des Balkans, lieu de toutes les « folies », va faire exploser la Yougoslavie et secouer l’Europe. C’en est terminé de la douceur de vivre et de la beauté, annihilées par les horreurs de la guerre. On prend conscience que tout peut s’arrêter brutalement.

Ce qui était possible hier ne l’est plus par la faute des nationalismes et des religions dont l’auteur dénonce évidemment les excès et les contradictions.
Rapidement, ils doivent se résoudre à partir et le plus dur est de s’arracher à ses racines, surtout pour son père. C’est le sentiment qu’éprouve la majorité des migrants.

Mais on peut regretter - d’abord pour lui mais aussi pour les siens car il représente un « frein » - qu’il ne parvienne pas à s’adapter à ses nouvelles conditions de vie et à prendre véritablement un nouveau départ. C’est toute la différence, qui tient peut-être aussi à l’âge et à la perspective d’un futur possible, avec sa fille. Seule la mort pouvait arrêter sa dérive et ses accès de colère portés par un alcoolisme destructeur. Défenseur des valeurs humaines, critique du matérialisme omniprésent, conscient de l’échec du communisme bien qu’un voyage à Cuba le console un peu, il soutient à juste titre que seules l’éducation et la culture peuvent sauver les gens des revendications identitaires et religieuses.
La mostarghia, c’est la nostalgie de ce passé merveilleux qui ne reviendra plus.
Ils s’en étaient difficilement persuadés pour partir, d’abord en Suisse puis au Canada.

Maintenant, le seul retour possible est pour reposer auprès de ses ancêtres. La guerre est finie mais le passé ne s’efface pas, les antagonismes restent vivaces alors que la préoccupation principale et bien peu originale semble de « faire de l’argent ».

En revenant au pays, elle éprouve pleinement ce sentiment d’appartenance et de continuité qui lui donne l’envie et la force de poursuivre sa route.

Prise entre un passé perdu et un avenir impossible à Mostar, elle sait qu’elle peut vivre le bonheur dans le présent qui peut tout changer ; en fondant un foyer qui va prolonger la vie de cette famille et de son héritage tout en lui procurant une nouvelle identité.


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