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Un balcon sur la mer

Genre :  thriller romanesque

Auteur : Nicole Garcia

Auteur de l'articleMélanie L

Publié le mercredi 25 janvier 2012


« Toutes les enfances sont inaccessibles, mais pour celles des natifs d’Algérie qui l’ont quittée, elles le sont deux fois plus. »

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Dans le sud de la France, Marc Palestro, marié et père d’une petite fille, à la réputation de gendre idéal, vit une existence apparemment heureuse et confortable. Agent immobilier, il est appelé à se rendre dans une immense demeure qui a peut-être trouvé preneur. L’acheteur "potentiel" est une femme blonde, sexy, mystérieuse, envoûtante. Marc doit la raccompagner en voiture. Il ne cesse de la regarder dans le rétroviseur, et elle le regarde aussi. Ces deux-là se sont déjà rencontré, c’est sûr. Il reconnaît Cathy, l’histoire d’amour de ses 12 ans dans l’Algérie des années 60. Ils se retrouvent dans un hôtel où ils font l’amour. Et un jour, elle disparaît.

Nicole Garcia nous offre une galerie de personnages justes, troublants, profonds. Jean Dujardin nous prouve de nouveau (et bien avant The Artist) son talent, dans ce rôle émouvant d’homme fragilisé par un passé qui a laissé un trou dans sa mémoire, celui de la guerre d’Algérie, sa violence, et le départ forcé d’Oran, l’abandon malgré lui de Cathy.

Marie-Josée Croze est tout à la fois troublante et inquiétante, belle et fragile. Fausse femme fatale, sa blondeur intrigue, et on découvrira pourquoi.

Les personnages secondaires sont également intéressants, notamment Sandrine Kiberlain dans le rôle de celle dont le mari s’éloigne mais qui reste à l’identique, quand son mari, lui, se perd.

Le film oscille entre le présent et les souvenirs de Marc, flashbacks de son passé algérien. Il recherche cette femme blonde qu’il a retrouvé puis perdu de nouveau, il questionne son entourage, et alors se dessine un passé qu’enfant, il n’a pas vu, il n’a pas su, on lui a caché. Les scènes avec Cathy et Marc jeunes ont un charme que seule l’enfance pouvait procurer.

Il y a un troisième personnage qui émerge de ce passé. Petite voisine brune, qui se heurte à la blondeur de Cathy et aux regards de Marc qui ne la voit même pas.

C’est superbement interprété, et superbement filmé. Du grand art.

Nicole Garcia nous livre peut-être avec ce film quelques bribes de son enfance et de son adolescence passées à Oran dans une famille de pieds noirs avant son arrivée en 1962 en métropole, dans le sud de la France. C’est là qu’elle prend des cours d’art dramatique, comme son personnage féminin dans le film. Ici ou là-bas, la réalisatrice flirte avec les couleurs et lumières des rivages méditerranéens. Pour la première fois de sa carrière, elle évoque ses racines.

"Je voulais un récit autour de la mémoire et d’un amour d’enfance. Pour justifier le trouble des personnages et leurs souvenirs différents, il fallait leur donner un passé sur une terre de violence. J’ai pensé au Nigeria, à Beyrouth. Puis je me suis aperçu que j’avais besoin de parler de l’Algérie."

Il y a cette terrasse ensoleillée, quelque part, hier, en Algérie, cette vieille maison de caractère délabrée qui n’est toujours pas en vente, cette autre monumentale qui est achetée. C’est lequel, ce balcon sur la mer ?
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