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Un train pour Tula

Auteur : David Toscana

Auteur de l'articleJean-Pascal

Publié le mardi 28 juin 2011


- Connaissez-vous Carmen ? -Quelle Carmen ?
À quoi bon un nom de famille ? A des êtres comme elle, un seul nom suffisait. Imaginait-on quelque chose comme "Crois-tu en Dieu ? -Lequel ?"

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Frolayn est journaliste et son travail l’ennuie.

« Je voulais du temps pour écrire un roman, un roman dont je n’ai toujours pas la moindre idée. C’est pourquoi je passe mon temps à rédiger ces quelques lignes qui ne veulent rien dire, dans l’espoir d’y trouver un canevas possible ou, du moins, de prendre le rythme d’une écriture quotidienne, prétendue discipline de copiste. »

L’occasion se présente de manière surprenante sous la forme d’un vieil homme reclus dans un hospice et qui le contacte : il veut que Frolayn écrive sa biographie et justifie sa requête par un lien de parenté. Celui-ci doutera assez vite de cette relation mais le personnage le fascine et son histoire aussi alors il accepte de relever le défi.

L’existence de Juan débute très brutalement puisque il est le résultat d’un viol et que Fernanda, sa mère, meurt lors de l’accouchement. Fernanda savait qu’elle portait en elle « l’enfant du démon » et malgré la tentative de régulariser la situation en lui trouvant un mari, son destin la « rattrape ». Juan grandit comme il peut, à l’ombre de mauvaises fréquentations, privé du soutien familial qui aide à se structurer, et sous la lumière d’une étoile qui va illuminer toute sa vie : Carmen.

Lorsqu’il la rencontre, ils sont encore enfants et vivent à Tula. Lui s’en absentera le temps de « devenir un homme » et de prouver sa vaillance avant d’y revenir, toujours pour la conquérir.

Mais la caractéristique d’une étoile est certes de briller très fort mais aussi d’être inaccessible et c’est cela le drame de toute une vie pour Juan : cette lumière qui le fascine finira par l’aveugler...

Il aura beau essayer de lui plaire par tous les moyens, il ne parviendra pas à la séduire, handicapé par son histoire personnelle - au point de se rebaptiser - qui suscite la méfiance et aussi, il faut bien le dire, par la frivolité de Carmen.

Aujourd’hui encore, c’est elle qu’il voudrait « revoir » : écrire son histoire, c’est la faire revivre.

Son enthousiasme se veut contagieux, catalyseur : il incite fermement Frolayn à trouver « sa » Carmen, la femme idéale qu’il ne connaît pas encore mais saura reconnaître entre toutes. Hors ce dernier est déjà en couple avec Patricia ; mais elle représente maintenant la « banalité » de la vie quotidienne et cette injonction l’amène à s’interroger. Elle le fait moins rêver, comme la rédaction des articles de journaux le faisaient moins rêver que l’écriture d’un roman, mais après ?

Précisément, parlons d’écriture.

L’auteur, par le biais de Juan, pose une question très souvent abordée par les écrivains : l’articulation de la réalité part rapport à la fiction et leur interaction, y compris avec la vie de l’auteur.
Par exemple, il reproche à Frolayn d’écrire un roman alors qu’il lui a demandé de faire sa biographie. Mais lui-même n’invente-t-il pas, n’est-t-il pas trahi par sa mémoire, dit-il toute la vérité ?

Quoi qu’il en soit, cet exercice va au-delà des espérances de Juan : ses encouragements se concrétisent, réalité et fiction s’entremêlent : lors d’une lecture du début de l’histoire qu’il rédige, son regard croise celui d’une femme. Dès lors, le voilà confronté au choix d’une vie : rester avec Patricia ou tout remettre en cause et se laisser emporter par la passion.

P.-S.

Si le devenir des personnages cités ci-dessus ainsi que la réflexion sur la création littéraire constituent l’attrait principal du livre, l’histoire de Tula, elle aussi réinventée, celle d’autres personnages que côtoie Juan, méritent aussi notre attention, alternant détails comiques et dramatiques pour notre plus grand plaisir de lecture.


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