Chaque année, au mois de mars, la Semaine Nationale de la Petite Enfance nous donne l’occasion de mettre en lumière le travail des structures de la petite enfance et les actions menées en partenariat avec elles. L’occasion aussi de rappeler à quel point le livre est une nourriture essentielle dans le développement neurologique et affectif des tout-petits, et ce dès la naissance. Et de vous donner des astuces, que vous pourrez adapter à l’envi.
Lecteur dès la naissance
Avec l’apprentissage de la lecture des mots, nous oublions souvent que lire, ce n’est pas seulement déchiffrer des lettres. Être lecteur, c’est aussi savoir identifier et donc analyser une image, un visage pour en tirer des informations. Nous sommes donc lecteurs dès notre naissance puisque nous allons apprendre à reconnaître les objets et surtout les expressions. Le bébé, dès les premiers mois de vie, va être dans l’analyse, l’apprentissage, l’imitation et la compréhension des émotions et de nos réactions en lisant nos visages, nos gestes, nos voix.
Vous avez besoin d’être convaincus? Écoutez le podcast LES SUPERS POUVOIRS DES BÉBÉS
Le goût de la lecture
Nous pensons souvent le livre comme un objet de connaissance, d’apprentissage : le contenu plutôt que le contenant. On oublie qu’avant d’être une belle histoire, le livre est d’abord un objet. Et tous les parents de jeunes enfants l’apprennent très vite (parfois à leurs dépens) : un objet, ça se goûte, ou plutôt ça se met en bouche.
Alors ne culpabilisez pas si votre enfant croque les livres, il apprend le goût de la lecture. Si c’est un livre de la médiathèque, essayez seulement d’opérer un échange avec un livre costaud, cartonné ou plastifié, voire, si vous le pouvez, un livre de bain : l’école des loisirs en fait de très bien.
Mais après l’avoir laissé littéralement goûter les livres, comment lui donner le goût de la lecture ?
Le livre est un médiateur du lien
Lire à un bébé, c’est d’abord partager une activité commune, partager des images, des sons dans une relation interindividuelle, une proximité. C’est tourner son regard et son attention vers le même objet. Et c’est en fait assez rare dans notre quotidien.
Même si le français n’est pas votre langue maternelle ou si la lecture n’est pas évidente pour vous, comme lui vous pouvez lire les images, utiliser vos mots, utiliser votre langue maternelle. Aucun auteur ne regarde par-dessus votre épaule pour dire « ce n’est pas ce que j’ai écrit ». Les langues sont vivantes, la littérature aussi.
Lire ensemble va renforcer le lien avec l’adulte, qu’il s’agisse du parent, du grand-parent, de la nounou, des amis… Le livre est une nourriture relationnelle et affective essentielle, qui doit être quotidienne et partagée.
Saviez-vous d’ailleurs que les zones du cerveau qui s’activent quand on lit un livre sont les mêmes que lorsque nous vivons une émotion ou une situation dans la vraie vie ? C'est ec qu'explique Michel Desmurget, chercheur en neuroscience cognitive dans une émission passionnante sur LES POUVOIRS DE LA LECTURE.
Le livre est un support puissant de développement affectif, émotionnel, langagier, cognitif et relationnel. Lire renforce le lien d’attachement, permet d’exprimer et de réguler les émotions, dans le sens où on va y reconnaître des émotions et pouvoir agir dessus (on peut fermer un livre, on peut lire plusieurs fois une page, l’enfant peut maîtriser la lecture).
Et au-delà du bienfait affectif, la lecture permet aux enfants de découvrir le monde, de comprendre, de développer l’imaginaire et le langage, en découvrant un lexique bien plus large que celui utilisé dans le langage courant.
Vous savez tout ça et vous essayez de mettre en place un rituel de lecture avec votre tout-petit, mais vous observez qu’il a du mal à se poser ?
Lire encore et en corps
Pendant la grossesse et dans les premiers mois, n’hésitez pas à vous accorder, pour vous, des moments de lecture à haute voix. Le premier sens des nourrissons, c’est l’ouïe. Je le répète souvent en séance de bébés lecteurs, mais les bébés ont besoin de son, de rythme, de musicalité. C’est notamment pour cela que l’on chante beaucoup durant ces séances. De plus, il a entendu vos voix dans sa vie in utero : c’est rassurant pour lui et il sait les identifier. Là aussi, ça renforce l’attachement et son besoin de sécurité. Et finalement raconter est plus important que lire.
Soit dit en passant, comme l’a rappelé Clémentine Beauvais, autrice française, professeure en science de l'éducation à l'université de York, dans LA GRANDE LIBRAIRIE, il est essentiel de montrer l’exemple.
Pour leur lire dès la naissance, il existe des livres avec des illustrations très contrastées ou en noir et blanc, des livres avec de grands formats ou des textures, que vous pouvez lire allongés près de votre enfant.
Et quand arrive la période de la motricité, avec tout ce que cela comprend de découvertes et d’énergie, continuez à lire ensemble. Même si votre enfant fait autre chose, il vous entend et vous écoute. C’est fascinant, leur capacité à être dans l’action et l’écoute active. Sur des séances de lecture en crèche, j’ai souvent des enfants qui jouent, font du toboggan et répètent certains passages de l’histoire que je lis au groupe. C’est un peu déstabilisant au début, et surtout en lecture individuelle, mais continuez de lire ou de raconter même s’iel s’en va jouer : ce n’est pas du désintérêt, juste un besoin d’être en mouvement. Par contre, s’iel vient vous fermer le livre, alors là oui, arrêtez-vous : peut-être que ce n’est pas le bon moment, ou que ce passage est angoissant à ce moment-là.
Si, au bout de plusieurs essais, ou si vous vous sentez frustré que votre enfant ne vienne pas se blottir contre vous au moment de l’histoire (parce qu’on est d’accord, en tant que parent, c’est ça qu’on imagine et dont on a envie aussi dans le temps lecture : un moment doux et calme), alors pourquoi ne pas en faire justement un temps d’expression corporelle ? Pourquoi ne pas mettre en scène le livre avec des jouets, en faire une chanson, une aventure…
Et puis laissez traîner les livres, dans les bacs de jouets, dans la chambre, la pièce à vivre, la cuisine. De nouveau, le livre est avant tout un objet qui suscitera sa curiosité (et ce conseil vaut à tout âge : un livre ne peut pas être lu s’il ne semble pas accessible).
Une dernière chose : ils sont dans la répétition. C’est rassurant de lire plusieurs fois le même livre, c’est normal. Ils ressentent de la même manière et apprennent à maîtriser leurs émotions, on l’a vu. Mais promis, ça passe, et un jour iel ne se souviendra même plus de Tchi le panda que vous avez pourtant lu chaque soir avec la même intensité pendant 4 mois, soit 122 fois, alors que vous, sept ans plus tard, chaque phrase est imprégnée dans votre mémoire (du vécu).
Alors rendez-vous à la médiathèque : nous vous prêtons 10 livres par carte. Vous pouvez faire autant de cartes que de membres de la famille, même si votre bébé a seulement 1 semaine et que vous avez seulement son acte de naissance. Pour faire le plein d’idée vous pouvez retrouver nos sélections de livres issues des Mots et marmots, notre animation de lecture pour les 0-3 ans, ici :
