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Cap au Nord

Auteur de l'articleJean-Pascal

Publié le lundi 24 mars 2008


A l’occasion de l’atelier théâtral qui s’est tenu le 29 mars autour d’Ibsen, un petit coup de projecteur sur cet auteur et quelques autres qui ont retenu notre attention. Et un petit bonus musical...

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Bref point de vue.

Il est difficile de résumer ou de définir la littérature norvégienne en raison de son histoire : la Norvège ne fût d’abord qu’une dépendance danoise de 1380 à 1814 puis fût contrainte à l’union avec la Suède jusqu’en 1905. Toutefois, l’âge d’or de cette littérature débute vraiment avec l’émergence d’Henrik Ibsen, de Bjørnstjerne Bjørnson et coïncide avec la montée d’un sentiment national. Suivront Knut Hamsun, Sigrid Undset et Tarjei Vesaas, tous largement traduits à l’étranger.
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Henrik Johan Ibsen.

Rien ne prédestinait Henrik Johan Ibsen à l’écriture, comme en témoigne ses études de médecine, et c’est pourtant vers cette voie qu’il va s’orienter, passionné de littérature et de politique.
Influencé par les événements révolutionnaires de 1848, il compose son premier drame, "Catilina". La réussite n’est pas au rendez-vous mais il choisit malgré tout d’approfondir sa connaissance des techniques de théâtre et de persévérer dans cette option.
Lorsque le Christiana Theater, dont il était devenu directeur, ferme ses portes, Henrik Ibsen décide de voyager en Norvège pour approfondir sa connaissance de la mythologie nordique qui va nourrir son oeuvre.
Ensuite, c’est le départ pour un long périple européen. Son écriture prendra progressivement une dimension plus sociale comme l’illustre "Une maison de poupée" (1879) qui traite de la place de la femme dans la société moderne. Cette pièce consacre son talent.
Lorsqu’il rentre en Norvège, la reconnaissance est unanime. Il y passera le restant de ses jours jusqu’à son décès, en 1906.
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-Oeuvres principales.
- Le canard sauvage
- Hedda Gabler
- John Gabriel Borkman
- Une maison de poupée
- Peer Gynt
- Les revenants
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-Peer Gynt (1867) : aperçu.
Peer Gynt peut être considérée comme une pièce relatant l’histoire d’un anti-héros parti à la conquête du monde, échouant dans ses entreprises et découvrant seulement à la fin sa solitude. C’est une oeuvre faussement naïve, satirique, ainsi qu’ une autocritique où l’auteur stigmatise la lâcheté de son personnage : ses colères et sa vanité sont un peu les siennes.
Peer Gynt est un vaurien inconséquent qui vit dans la misère, fuyant ses responsabilités. Lorsqu’il apprend qu’Ingrid - qu’il aurait pu épouser - se marie, il décide de l’enlever, puis la rejette. Plus tard, il se réfugie auprès de la douce Solveig qui accepte de s’installer avec lui.
Malgré tout, il fuit à l’étranger où Il fait fortune comme trafiquant d’esclaves, avant de se faire dépouiller par Anitra, à laquelle il s’était attaché. Devenu vieux, il revient enfin en Norvège où le diable lui apprend que son heure est venue. Peer court la forêt pour échapper à son sort et retrouve Solveig qui l’attendait.
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D’autres auteurs plus contemporains.
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Jostein Gaarder

Ancien professeur d’histoire et de philosophie, Jostein Gaarder a une âme de précepteur et c’est pour remplir cette mission qu’il se consacre à l’écriture. Il s’est véritablement fait connaître avec la publication du "Monde de Sophie".
Le livre met en scène une jeune adolescente qui reçoit une mystérieuse lettre l’incitant à se poser des questions sur l’existence. L’intrigue sert de support à l’étude de l’histoire de la philosophie mondiale. Au point de servir aujourd’hui aux lycéens de terminale qui étudient cette matière. En ce sens, le but est atteint...
Les ouvrages qui suivent sont conçus dans le même esprit. Dans "Le miroir obscur", c’est la mort d’un enfant gravement malade qui permet de démystifier cette fin en l’assimilant à un passage (le miroir) vers l’éternité qu’il nous reste à découvrir.
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Knut Hamsun

Knut Hamsun se définissait comme un explorateur des profondeurs de l’âme humaine.
Avec la publication de "La faim", Knut Hamsun marque de son empreinte la littérature mondiale : un roman que l’on peut qualifier de kafkaïen. Son travail peut être considéré comme semi-autobiographique car l’écrivain introduit une certaine distance qui laisse planer le doute.
On y parle d’un homme qui a faim. Ecrivain qui tente de faire accepter ses papiers dans des journaux pour gagner un peu d’argent et qui désespère, en prise avec l’angoisse de la page blanche. Pourtant, cette faim semble indissociable de son travail créatif. On peut y voir une métaphore de la dramatique condition de l’homme, condamné à l’insatisfaction perpétuelle.
Les personnages des romans qui suivent ("Mystère", "Pan") s’en inspirent. L’auteur nous fait vivre les aventures d’hommes solitaires, étrangers aux autres, vagabonds réfugiés dans leur univers personnel.
La suite de son oeuvre sera moins brillante et sa reconnaissance du nazisme, y compris lors de l’invasion allemande en Norvège, contribuera à le discréditer.
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Gunnar Staalesen

Voilà un auteur représentatif du roman policier scandinave qui s’impose de plus en plus chez nous, et dont le plus illustre représentant nous est davantage connu et a pour nom Henning Mankell.
Les romans de Staalesen mettent en scène Varg Veum, un ancien salarié de la Protection de l’Enfance devenu détective privé et qui mène ses enquêtes en essayant d’éviter Muus, son grand ennemi de la police de Bergen. Varg, divorcé, ressasse ses échecs sentimentaux, tout en noyant ses pensées dans l’alcool. C’est l’adaptation du privé américain typique - dans toute sa splendeur ? - au paysage norvégien...
Au fil des histoires le lecteur s’immerge dans le Bergen - la ville de l’auteur - des années 80 en pleine transformation urbaine, où règne le meurtre et la toxicomanie. Un Bergen de paradoxes, où la misère côtoie la richesse, où les honnêtes gens croisent les crapules de toutes sortes. Notre vision idyllique du célèbre modèle social scandinave en prends un coup ! Mais l’ambition de tout - bon - auteur de romans policiers n’est-il pas de donner sa vision de la société et d’en dévoiler les plaies et les vices.
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Sigrid Undset

Dès son premier roman, Sigrid Undset trouve l’essentiel de son sujet : la condition de la femme.
Elle considère que son accomplissement est à rechercher dans sa vie de mère et non dans la course à l’amour absolu. Cette ambition au centre de son oeuvre et de sa vie personnelle va prendre corps plus fortement lorsque ses écrits s’inscriront dans l’histoire et la religion (elle se convertit au catholicisme en 1925).
Citons ses deux vastes chefs d’oeuvre : "Kristin Lavransdatter" et "Olav Audunssvn" qui nous plongent en plein moyen âge et dont la femme est le personnage central. Son destin semble être uniquement de connaître successivement l’amour humain, la marternité, la vie famliale et de terminer au service de Dieu.
Pour autant, l’oeuvre de Sigrid Undset n’apparaît pas comme didactique ou pesante. Elle exprime simplement un désir de voir se réaliser une vie dans un cadre moral, édicté par les valeurs de civilisation que portent en lui le christianisme.
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Tarjei Vesaas

Romancier, nouvelliste et poète né en 1897 et mort en 1970, Tarjei Vesaas, fils de paysan, hésita longtemps entre le métier d’agriculteur et l’écriture.
Vesaas n’est pas un auteur abstrait : fidèle à ses origines, il sait rendre présentes les choses les plus élémentaires. Pour autant, il passe allègrement du rêve au réel par le symbole, sans qu’il soit toujours possible de les différencier. Son écriture s’inspire du rythme des saisons, reflète la nature, la vie, et la mort qui surgit trop brusquement ...
La notoriété survient avec "Le germe", histoire dans laquelle un étranger sème le trouble dans une communauté tranquille, initiant un cycle de violence auparavant inconnu. "la maison dans les ténèbres" évoque aussi les forces destructives livrées à elles-mêmes, allégorie de l’occupation de la Norvège. Parmi les grands romans d’après-guerre, deux chefs-d’œuvre plus chargés de symbolisme :
"Les oiseaux " qui met en scène un garçon un peu simple vivant avec sa soeur. Evocation de leur dépendance mutuelle, tentative du garçon de connaître leur avenir commun et prise de conscience de sa part du risque que l’irruption d’un homme fait courir à cette relation fusionnelle.
"Le palais de glace" qui est sans doute son ouvrage le plus connu. Il commence avec la rencontre de deux jeunes filles de onze ans. Toutes deux ont un charisme qui séduit les autres : un conflit d’autorité en découle. Volontairement, l’une d’elles se dirige du côté du "palais de glace", sculpture naturelle. Elle accède à l’édifice éphémère, y pénètre et n’en sortira plus...
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Herjorg Wassmo

En vingt ans d’écriture, Herbjørg Wassmo est devenue le porte-parole des habitants du Nordland, pointe nord de la Norvège. Une littérature faite de désirs violents et de puritanisme pour des romans flamboyants qui mettent en scène des personnages excessifs et passionnés.
Après "La trilogie de Tora", histoire d’une petite fille née des amours de sa mère norvégienne avec un soldat allemand, elle connaît un grand succès avec "Le Livre de Dina"qui raconte la vie d’une enfant livrée à elle-même, qui devient une jeune femme impétueuse et obstinée. La suite s’intitule "Le fils de la providence" et dépeint la chronique peu ordinaire de Benjamin, son fils.
Cette constance dans la thématique n’est pas le fruit du hasard. L’auteur en reviens toujours à l’enfance meurtrie et à ses conséquences, en y apportant des variantes. L’être humain est un être abandonné. Les enfants livrés à eux-mêmes portent des responsabilités qui les dépassent, essaient d’être les parents de leurs parents, et finalement ne sont pas eux-mêmes de bons parents. C’est une spirale infernale qui entraîne tout le monde dans le malheur et qu’il apparaît bien difficile de rompre.
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Le musicien de Peer Gynt.

Edvard Grieg est sans aucun doute, avec le Finlandais Sibelius, l’un des compositeurs scandinaves les plus connus au monde. Né le 15 juin 1843 à Bergen en Norvège, Grieg grandit dans une famille de musiciens. Très vite, il pratique le piano, apprend à jouer les partitions de Frédéric Chopin, Carl Maria von Weber, ou encore Felix Mendelssohn.
Mais les choses sérieuses commencent en 1958, quand à 15 ans, le jeune homme rencontre Ole Bull, un violoniste norvégien célèbre, qui persuade ses parents de l’envoyer au conservatoire de Leipzig en Allemagne. Peu convaincu de l’intéret des quatre ans d’enseignement, Grieg y acquière tout de même toutes les connaissances nécessaires pour devenir un instrumentiste et un compositeur complet.
En 1967, il épouse sa cousine Nina Hagerup avec qui il aura une petite fille qui, malheureusement, décédera très jeune. Dès lors, Grieg se consacrera exclusivement à la musique, ses compositions et les rencontres avec de grands compositeurs (Wagner, Liszt, Brahms, Tchaïkovski).
Les œuvres de Grieg seront souvent influencées par la musique traditionnelle norvégienne. En 1874, il obtint un succès extraordinaire avec la mise en musique de la pièce Peer Gynt du dramaturge Henrik Ibsen. Aujourd’hui encore la musique de Peer Gynt est facilement identifiable et reste sa composition la plus connue. Edvard Grieg décéde le 04 septembre 1907, à Bergen, sa ville natale.

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