Accueil > Cinéma > Cosmopolis

Cosmopolis

Auteur : David Cronenberg

Auteur de l'articleMélanie L

Publié le mardi 22 janvier 2013



Prouvez-moi que ce film est un chef d’œuvre

Votre avis sur ce document

C’est la blague de l’année !!
Un chef d’œuvre ou une daube monumentale, impossible de trancher.

Si je devais résumer ce film à la manière d’un petit livre que j’aime beaucoup [1], je dirais que c’est l’histoire d’un type qui est dans sa voiture et qui va chez le coiffeur. Dehors il y a une manifestation alors il se fait bien secouer dans sa voiture, des gens viennent lui raconter des trucs bizarres, un médecin lui fait un toucher rectal avant de lui annoncer que sa prostate est de traviole, il fait des cochoncetés avec Juliette Binoche, puis des types balancent des rats dans une brasserie. Un moment, il se fait entarter. Mais il veut toujours aller chez le coiffeur.

Vous n’avez rien compris ? Moi non plus.

En fait, c’est un film qui se regarde le nombril à mort. Avec des acteurs qui - volontairement, je l’espère - jouent comme des pieds, sans expression, ce qui fait qu’on a juste envie de les voir disparaître de l’écran. Ce qu’ils font, puisque les personnages se succèdent dans cette voiture qui roule à faible allure, au milieu d’une circulation faite de manifestations grotesques et d’images défilant à l’arrière de la voiture comme on savait si mal le faire dans les années 60. Sauf que monsieur Twilight n’est pas Cary Grant et qu’il joue un personnage riche et détestable, mais sans émotion et sans aucun charisme. Personnage qui finit par verser une petite larmichette en apprenant la mort d’un rappeur qu’il aimait bien écouter dans son ascenseur. La groupie a donc du cœur, et elle s’effondre dans les gros bras musclés du black de service qui vient lui annoncer la nouvelle. Imaginez la scène.

Lui : Comment ? Moi ? Je n’étais pas au courant de sa mort ?

Moi, derrière mon écran : Non, vu que t’as décidé que la seule chose qui compte dans ta journée serait d’aller chez le coiffeur et que tout le reste te passe carrément au-dessus du ciboulot, notamment ces vietnamiens qui s’immolent par le feu derrière les vitres de ta voiture pourrie...

Le ridicule ne le tue pas sur place - malheureusement car pour le coup, on aurait été surpris -. On en vient même à espérer qu’il se fasse tazeriser (à sa demande - que voulez-vous, ils s’ennuie tellement dans la vie !) par une ignoble prostituée afin de voir monter notre adrénaline et passer la barre symbolique des 40 pulsations par minute. Mais le réalisateur ne nous fait pas ce cadeau : la scène ne sera pas filmée. Le plan suivant, on le retrouve dans sa voiture en train de manger des cacahuètes.

Jamais vu un film avec si peu d’action et d’interprétation et pourtant autant de dialogues. Ça parle technologie, futur, humanité, ça mélange tout...

Le génie aurait fait un film où l’acteur ne sortait jamais de sa voiture et où les personnages entrant lui rendre visite auraient suscité notre attention, notre intérêt, voire - un bien grand mot pour ce film - notre émoi. Il n’en est rien. L’acteur sort de son véhicule pour aller au resto, (grave erreur dans le scénario) voir sa fiancée qu’il n’aime pas, coucher avec une autre, et y retourne poursuivre son inutile périple.

Un film où tout le monde se fiche de tout et où l’acteur brasse des milliards, où il est question de fortune, d’économie... quelle chouette idée ! Serait-ce donc une volonté de faire glisser le spectateur dans la même Grande Dépression qui englobe ce film ?

En fait, c’est l’histoire d’un jeune riche désœuvré, qui a épousé une jeune riche blonde parce qu’elle était comme lui très riche. Ledit jeune riche est plus dur à "localiser" que le président qui est en balade dans la même ville. L’un est en danger, l’autre va chez le coiffeur, mais si-on-savait-qui-il-est-il-serait-en-danger-aussi. Wahou quel scénario de folie ! Quelle inventivité ! Nan, vraiment, je suis désolée, j’essaie tant bien que mal mais mon boulot n’est pas facile, là. Bref, le danger le guettant, on se dit que heureusement, il a son garde du corps. Mais quand même quelqu’un (un spectateur ?) est sans doute là, tapis dans l’ombre, prêt à dégainer autre chose qu’une tarte à la crème fouettée !

Oh, pardon ! Je manque à tous mes devoirs ! Je ne vous ai pas raconté le meilleur ! Cet entartage (par Mathieu Amalric) est le moment de grâce du film. "trois ans que j’attendais ce moment-là", dit Mathieu. Nous, cela faisait exactement 59 minutes. Pourtant, malgré cette attaque à la crème fouettée qui lui colle au visage (oui, il ne pense pas à s’essuyer, ça ne le dérange pas), il brille encore moins que dans Twillight.

Vraiment, j’ai eu envie de m’extasier, mais il aurait fallu que je comprenne : ce film dénonce-t-il quelque chose ? L’ennui peut-être ? Dans ce cas, quel tour de bras ! Belle réussite ! On s’ennuie autant que les acteurs !! Nan, vraiment, est-il esthétique ? Est-il fourni avec un livret d’accompagnement ?

Allez, je vais expérimenter avec vous. En live, la fin du film... Attention Spoiler

A 1h03, l’acteur nous montre une deuxième expression.

A 1h04, le film commence. Il se passe un truc !

A 1h05, il va chez le coiffeur. Mince, moi qui croyais que c’était le but du film, que va-t-il se passer pendant les quarante minutes restantes ?

1h06. Je pense intérieurement qu’on n’aura pas d’explication sur ce qui se passe à 1h04. Ce serait trop tarte ! Que nenni ! On est dans un film-concept, limite un film d’auteur ! On va rester dans le flou ! C’est tellement plus drôle de finir le film comme si de rien était. J’en mets ma main à couper !

1h08. Il se fait couper les cheveux, avec de la tarte encore plein les tifs. Bah oui, il a demandé une coupe, pas un shampooing !

1h09. Ah, là il est fort, le cinéaste ! Parce que maintenant, on a le sentiment qu’il va se passer quelque chose comme à 1h04. Mais on ne sait pas quoi.

1h10. Le chauffeur noir prend la parole. Il vient de réaliser qu’il y avait un truc bizarre, à cause de ce qui s’est passé à 1h04. Je crois qu’on a donné une seule indication aux acteurs : bougez les lèvres, mais ne jouez pas. Vous entendez ? Je ne veux pas voir transparaître la moindre émotion. C’est un film sur la méchante économie, nom de dieu !

1h11. Le jeune riche est un imprudent. Il n’a rien pour protéger sa vie. Comme c’est risqué ! (peut-être que la version française ne rend pas hommage à la qualité des dialogues)

1h12. Il s’en va avant que le coiffeur ait fini. Une journée qu’il nous saoule avec son coiffeur, et il finit même pas sa coupe ! (il a toujours de la crème fouettée sur les cheveux)

1h13. Une chose est sûre : on est bien en peine de deviner ce qui va se passer. En même temps, on s’en moque. Le riche se pose une question existentielle : que deviennent les limousines la nuit ? Où vont-elles ?

Je fais quoi ? Je vais me coucher ? Vous m’expliquerez la fin ? Bon, je résiste encore un peu, mais c’est bien par professionnalisme.

1h16. Il se passe quelque chose.

1h18. J’avais pas vu que le coiffeur avait fait des trous immenses dans sa tignasse. Mais pourquoi ? Pourquoi ?

1h19. Le riche : "Une pause philosophique est la bienvenue. Un peu de réflexion". Euh... l’acteur commente lui-même ce qui se déroule dans le film ?

1h20. Un face-à-face décisif. J’ai peur qu’on ne glisse vers de profonds lieux communs. Le pauvre qui cherche à se venger du riche ? Un type qui a travaillé pour le jeune riche et se serait fait licencier ? Une question taraude ce monsieur de 41 ans qui a tiré sur le jeune : pourquoi est-il entré dans cet appartement, faire face à un homme qui veut le tuer ? Le riche désœuvré voudrait-il mettre en scène sa propre mort ? ça lui ressemblerait bien en effet.

1h22. Le riche : "C’est intéressant les trous. On fait des livres sur les trous".

1h22’10’’. (On fait des films sur du vide, aussi)

1h23. Grosse tartine de lamentations et états d’âme : "je n’ai pas anticipé le huan", dit le jeune assis sur les chiottes du pauvre.

1h24. Ça y est. Le méchant riche contre le pauvre pauvre. Et les clichés qui pleuvent...
Pourquoi vient-il rendre visite à un homme qui veut le tuer ? Auto-destruction !
Pourquoi veut-il "chlinguer plus que les autres" ? Auto-destruction !
Sa coupe de cheveux pourrie ? Sans doute de l’auto-destruction, comme continuer de se balader avec de la crème fouettée rance dans les tifs !

1h29. La minute psy : dis-moi ton nom et je te dirai quelle est ta place dans la société.

1h30. Et vlan, une tartine de société de consommation qui ne vit qu’au royaume des comptes, du "système", et une petite cuillère de "on veut faire de moi un robot"... un "soldat impuissant". Wahou belle salade !

Le riche : "le crime n’a pas de conscience. Vous n’y avez pas été poussé par une force sociale oppressive. Ce que j’aime pas être raisonnable. Vous n’êtes pas contre les riches. Personne n’est contre les riches.Tout le monde est à dix secondes de faire partie des riches, ou du moins le croyait"

"la violence requiert un fardeau"...

Bon il en a encore beaucoup comme ça ? Ça devient lassant, les citations à deux balles. Mais qui est ce grand philosophe qui a inspiré le scénario ?

Où sont les métaphores de la fin du monde capitaliste ? Les gros rats qui se baladent, les vietnamiens qui s’immolent ? On commençait fort, on finit tout petit. Là où naissait un léger intérêt derrière les vitres fumées de la voiture (que certes, j’avais trouvé assez misérable), on plonge dans la plus crasse paresse, dans un cliché grandeur Cosmos.

1h33. Pfff. Je suis lassée. Le riche qui s’ennuie tellement dans sa vie qu’il doit se faire souffrir tout seul pour se sentir exister. Auto-destruction...

1h34. Éloge de l’imperfection... (auto-congratulation du réalisateur, en somme)

1h37. Pourquoi le vilain pauvre qui va tuer le vilain riche porte-t-il une serviette sur le crâne, tel un foulard ? C’est un peu gênant, comme image !

1h38. Les larmes du héros, qui arrivent si tard. Troisième expression de l’acteur. Trop tard, je suis définitivement lassée. Allez, tue-le !!

1h39. Ah ben j’l’avais pas vue venir, celle-là.

Fini !

Bref. Un héros, Icare des temps modernes, sacrifié sur le temple de la finance et de la modernité. Un personnage arrogant, un film sans passion et terriblement mégalo, un réalisateur qui a voulu dénoncer le mal par le mal et signer ici le film le plus tarte de l’année.

Allez, sans rancune, Robert !
_

P.-S.

ce qui n’explique pas ce qui se passe à 1h04 !

Notes

[190 films cultes à l’usage des personnes pressées de Henrik Lange Thomas Wengelewski


Médiathèque Maupassant, 64 rue Édouard Vaillant, Bezons. Tél : 01 79 87 64 00 | Contact | Mentions légales |  RSS