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Dans les angles morts

Auteur : Elisabeth Brundage

Auteur de l'articleJean-Pascal

Publié le mardi 22 octobre 2019


Un coup d’oeil dans le rétroviseur aurait suffi à éviter l’accident.

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Un drame vient de se produire. En rentrant du travail, George trouve sa femme sauvagement assassinée d’un coup de hache. Choqué, il se réfugie chez les voisins avec sa petite fille, indemne.

Il est rapidement suspecté car statistiquement les proches sont souvent les plus impliqués dans les histoires criminelles et personne ne peut l’innocenter . L’inspecteur le « bouscule » un peu mais George n’admet que son ignorance : il est allé travailler comme d’habitude et ne peut rien dire sur ce qu’il s’est passé en son absence.

Un an auparavant, les Clare ont quitté la ville pour venir s’installer dans la campagne new-yorkaise car George, enseignant en histoire de l’art, n’a pu décrocher un poste ailleurs. Catherine reste à la maison, élevant leur fille. Une situation qui lui pèse d’autant plus qu’elle vit dans un environnement moins « vivant » que ce qu’elle a connu.

Peu à peu, nous allons en apprendre davantage sur leur relation de couple. Dès le départ la situation n’était pas « idyllique » puisque George l’a épousé en apprenant qu’elle était enceinte, et donc en partie pour faire face à ses responsabilités, malgré leur différence de niveau social. George est quelqu’un de méprisant et cela s’applique donc aussi à sa femme et à leur couple. Tout en étant conscient qu’elle ne s’épanouit pas et qu’elle subit la situation, il ne peut s’empêcher d’abord de penser à lui : c’est bien ce qu’il a fait en acceptant ce travail et en ne se gênant pas pour chercher aussi une aventure extra-conjugale. Catherine tente de résister, elle aimerait le quitter mais n’en a pas le courage, d’autant qu’elle culpabilise parfois.

Pour ne rien arranger, les Clare habitent dans une ferme que George a acquis à bon prix car elle n’attirait pas les acheteurs. Une maison « froide », comme hantée, où Catherine ne s’est jamais sentie bien et où l’on « perçoit » qu’on est pas le bienvenu. Il faut dire que les derniers occupants en ont été les Hale depuis plusieurs générations jusqu’à ce que ces agriculteurs étouffés par les dettes se suicident, laissant derrière eux trois orphelins ! Lorsque les Clare emménagent les enfants ont grandi et entrent en contact avec eux, sans dire tout de suite qui ils sont. Leurs sentiments sont forcément ambivalents et variables d’un frère à l’autre. Une attitude dangereuse qui pourrait amener l’inspecteur à penser que l’un d’eux, éperonné par le ressentiment et la jalousie, aurait commis l’irréparable.

Finalement, les années passent et le meurtrier n’est pas arrêté. C’est compliqué puisque personne n’a rien vu et que personne n’avoue. Au grand désespoir de l’inspecteur qui n’a jamais « lâché le morceau ». Ce livre ne se veut pas un roman policier et il nous oriente assez vite sur la bonne piste, même si ce parti-pris représente un défi « technique » pour l’auteur si il veut « garder » son lecteur.

Il vaut surtout pour ses portraits psychologiques. Surtout celui de ce couple où alternent moments de joie et de peine - jusqu’à ce que les mauvais moments prennent le pas sur les bons -, et en énonçant les raisons qui font qu’on en est graduellement arrivé là. A ce titre, il est riche d’enseignements et d’erreurs à ne pas commettre : comment faire face, comment se faire aider avant d’aboutir à une impasse.


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