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Des femmes disparaissent

Auteur : Christian Garcin

Auteur de l'articleNathalie

Publié le jeudi 21 janvier 2016


Insolite !

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Dans ce polar, nous faisons d’abord connaissance avec un héros tel qu’on les aime : Zhu Wenguang, dit « Zuo Luo » ou encore « Zorro ». Il n’a guère un physique avenant, il est plutôt taiseux, mais il défend une cause noble : il aide les femmes vendues par leur famille, maltraitées et souvent séquestrées par leur mari, à s’enfuir.

Dans ce roman noir, il y a aussi une ambiance digne des polars des années 40 : des ruelles miteuses et obscures de Guangzhou où l’on saisit un « magma musical » venant des bars à karaoké. Et des bribes de chansons chinoises s’échappent des appartements des immeubles interlopes dans lesquels Zuo Luo officie. Ses activités l’ont bien sûr amené à fréquenter les bas-fonds. Son indicateur, Bec-de-Canard, personnage dont on ignore presque tout, le rencontre le plus souvent dans un bar enfumé, le Bembo Café, dont le serveuse, Irina Lewidowskaïa, est russe. Bien des comportements de notre héros évoquent ceux des détectives des polars des années 40.

Et c’est au Bembo Café que le roman bascule. La présence de quatre Japonais amène Zhu Wenguang à évoquer la belle Yatsunari Sesuko, une des trois femmes ayant marqué sa vie.

Pour démêler l’écheveau de ses souvenirs, Zuo Luo se rendra à New-York mais aussi au nord du Japon. D’une certaine façon, il s’agit pour lui de redonner une place à ces trois femmes au destin tragique : Sesuko, fille d’un yakusa ; Yang Cuicui, séquestrée par son mari yakusa ; Sheng Leyun, son amie d’enfance dont la famille fut massacrée lors de la Révolution culturelle.

Si les destins sont tragiques, les aventures de Zhu Wenguang ne le sont pas. Il me vient à l’esprit l’adjectif « malicieux » pour décrire ce roman. Et je ne résiste pas à l’envie de vous livrer un épisode du périple new-yorkais de Zuo Luo.

Dans le restaurant de son cousin à Chinatown, il fait la connaissance de la famille Chen. Or, il s’avère que le neveu de Mr Chen n’est autre que Chen Wanglin, le romancier qui a décidé de faire de Zuo Luo le héros de ses romans. Et si on a été très attentifs, on aura appris page 8 du livre, avant même que le roman débute, que Chen Wanglin a par ailleurs écrit un roman pour la jeunesse* et qu’il est également le personnage d’un roman intitulé La Piste mongole édité par Verdier, tout comme cet étrange ouvrage que l’on a entre les mains !

Je ne vous en dirai pas plus sur les mises en abîme, les jeux de constructions -des histoires que l’on découvre l’une après l’autre, telles des poupées russes –, car ils font tout le sel de ce roman.

Je pense aussi que la construction particulière du roman -qui n’empêche en rien la fluidité de la lecture -emprunte le chemin tortueux des souvenirs lorsqu’on les évoque.

Les histoires racontées, la manière dont elles le sont, les jeux avec les codes du roman noir et du polar, les personnages féminins dont Zhu Wenguang se fait le défenseur créent une véritable complicité entre Christian Garcin -ou Chen Wanglin -et le lecteur. Et je me plais à penser que cet auteur -quel qu’il soit -a pris autant de plaisir à écrire ce roman que nous à le lire.

* : Au bord du lac Baïkal, publié à L’École des loisirs.


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