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La bibliothèque au cinéma

Auteur de l'articleArnaud, Mélanie L

Publié le mercredi 6 février 2013



A l’occasion du 1111ème article sur notre site, une question nous brûle : "Les bibliothécaires sont-ils des stars du grand écran ?" Nous en avons discuté, et tenté d’y répondre en convoquant nos souvenirs...

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Arno : Nous avons nagé au cinéma, nous avons eu une dent contre les films de requins et de vampires. Nous avons même rendu hommage aux poilus et aux chevelus. Un jour de printemps (des poètes), nous sommes partis en quête de poésie en puisant dans nos souvenirs ces instants furtifs d’émotions. Pourtant, tous les jours (hors dimanche, lundi et jours fériés), nous baignons au milieu de rayonnages de livres, de CD et de DVD. Nous bipons gaiement les documents, nous glissons vos livres sur nos platines. Et aucun réalisateur n’a jamais voulu filmer ces scènes d’action !

Mélanie : Et pourtant, notre profession est plutôt bien représentée au cinéma ! Le bibliothécaire serait-il cinégénique ? Pourquoi les bibliothèques comme décors de cinéma ? Ou plus généralement, qu’est-ce que la bibliothèque au cinéma ? Et peut-être, finalement, est-elle proche de la bibliothèque dans la « vie réelle » ? Tentons de nous rappeler de ces films où la bibliothèque apparaît et élaborons, en toute simplicité, une typographie de la bibliothèque au cinéma.

A : Ok, en toute modestie... la bibliothèque au cinéma, c’est le savoir, un puits de science, un nid à poussière. Une bibliothèque, c’est fait pour travailler, pour éternuer et pour faire grincer le plancher...

M : La bibliothèque c’est là où travaillent les bibliothécaires et pis c’est tout !

A : Pas seulement...

M : C’est aussi un lieu de tournage. Une belle architecture ! Et d’ailleurs, quelles sont les plus belles bibliothèques que tu aies vues au cinéma ? Tu sais, celles qui font « temple sacré de la culture » et tout...

A : Bien que je ne sois pas hyper partisan des temples sacrés de la culture, j’ai un faible pour quelques unes... Tu connais la bibliothèque dans l’épisode 2 de Star Wars ? Elle est spacieuse, high tech, et des lasers bleus représentent des livres.

M : Ah comme dans la future médiathèque de Bezons !

A : Hum, hum... On ne devait pas en parler... A noter que dans ce film, le bibliothécaire (qui a un drôle de look d’ailleurs) ne réussit pas à répondre à Obi-Wan Kenobi. Même dans une bibliothèque dans l’univers, on ne trouve pas tout...

M : Pffff, il connaît même pas son fond...

A : C’est un peu la bibliothèque de Babel, la projection futuriste de ces bibliothèques où le lecteur pense tout trouver... Nous, bibliothécaires, savons que cela est bien vain... Et toi, ta préférence ?

M : Moi, j’aime beaucoup celle du « Nom de la rose », avec ses vieux pupitres...

A : Ses vieux moines...

M : Mais non, son look, son esprit, son Sean Connery... Et son côté labyrinthique et mystérieux. Souvent, j’ai rêvé de m’y perdre...

A : Tu préfères les manuscrits, les incunables dans de belles étagères en chêne. Le parfum du papier. Un peu comme Corso (Johnny Deep) dans la « Neuvième porte » ?

M : Oui, sauf que je ne fumerai jamais au dessus d’un manuscrit. Je ne suis pas un mercenaire du livre. Il vaut mieux prendre des gants quand on touche de vieux livres. D’ailleurs, si le moine dans le « Nom de la rose » y avait pensé, Sean Connery ne se serait même pas déplacé...

A : C’eût été dommage ! c’est vrai que la lecture peut être dangereuse. Il ne faut jamais lécher son doigt pour tourner les pages, surtout quand l’encre est empoisonnée !

M : C’est le livre qui tue le lecteur !

A : C’est un juste retour des choses... combien de livres assassinés, trempés, cornés, déchirés...

M : ??????... bon, ce que j’aime dans « la neuvième porte », c’est la magnifique bibliothèque privée d’un noble portugais qui avait rangé ses livres précieux à même le sol...

A : Sacrilège ! ! Sortilège ?

M : Mais oui !!! La bibliothèque est souvent considérée comme un lieu magique et mystérieux.

A : Tout à fait. Regarde Hermione dans « Harry Potter et le prince de sang mêlé ». Elle est bonne élève et passe sa vie dans la bibliothèque. Et chose exceptionnelle, les livres volent et se replacent tout seul au bon endroit. ça nous mettrait dans de beaux draps...


M : Le rêve de tout bibliothécaire !

A : Ou son cauchemar... Que ferions-nous sans rangement ?

M : Mais... notre métier !!!!


A
 : Ça me rappelle une autre scène que j’adore dans « SOS fantômes » ! D’ailleurs, je peux te dire qu’en revoyant ce film après l’avoir regardé à 12 ans, puis 15, puis 22, j’ai enfin compris pourquoi les livres sont toujours aussi mal rangés : c’est un coup des fantômes !
Dans une des premières scènes, nous voyons naviguer les livres d’une étagère à l’autre, les fichiers s’envolent (mais quelle horreur à reclasser) et une matière gluante nimbe les étagères en bois.


M
 : Cette première scène culte sera même rejouée dans le film « Soyez sympa, rembobinez » de Michel Gondry. Tu sais, la version « suédée ». Tous les films d’un vidéo club ont été par erreur effacés. Alors, les deux protagonistes doivent rejouer toutes les scènes avec les moyens du bord.

A : Tellement culte, qu’elle est là, ci-dessous !

M : J’ai même trouvé une version tout à fait originale de cette scène. Je ne sais pas si c’est un hommage, mais en tout cas, le parallèle est facile à faire. Les livres qui bougent seuls, la bibliothécaire qui se lève et va dans les rayons, mais version Lego ! c’est rigolo, et franchement bien fait ! A ceci près qu’à la fin de ce petit film-là, on se rend compte que la forêt - et même on peut dire la jungle - a envahi la bibliothèque.

A : Très chouette, ça ! ce petit film devrait plaire à nos jeunes lecteurs et aux nostalgiques de la brique colorée. La nature qui reprend ses droits sur la culture.... la fin du monde ?
Sais-tu que cette bibliothèque du Congrès est à la fois dans « SOS fantômes », « Benjamin Gates » et dans un film apocalyptique...

M : C’est pas dans celle-là que tout le monde vient se réfugier dans « Le jour d’après » ?

A : Oui, c’est la bibliothèque-refuge par excellence ! Ce qui est le cas dans les bibliothèques publiques : lieux ouverts, gratuits, où l’on peut s’installer au milieu de livres, lire dans un silence partagé, tous unis dans une même passion. La bibliothèque est un peu comme l’arche de Noé !

M : C’est beau... Bon, tout le monde va mourir parce que c’est la fin du monde, mais le plus drôle reste la figure de la bibliothécaire qui attend au fond, à la banque de prêt pour enregistrer les livres.... elle fait un peu penser aux musiciens qui ont joué jusqu’au bout sur le Titanic ! C’est sans doute la bibliothécaire la plus consciencieuse de l’histoire du cinéma !!

A : Dans ce film, on utilise, non sans scrupules, les livres comme combustibles pour se réchauffer...

M : De toute façon, les bibliothèques finissent toujours en tas de cendres ! C’est déjà le cas dans « Le nom de la rose »...


A
 : ! et dans « La neuvième porte » ! C’est le signe même du démon. Brûler une bibliothèque, c’est tuer le vieil homme d’Hampaté Bâ, c’est revenir à zéro question civilisation et culture... Comme dans « Fahrenheit 451 » de François Truffaut ou toutes les représentations d’autodafés fascistes : « Indiana Jones et la dernière croisade « et j’en passe.

M : Avant de brûler, la bibliothèque est surtout un beau lieu de rencontres !

A : Et d’ailleurs, y-a-t-il beaucoup d’histoires d’amour à la bibliothèque ?

M : C’est un lieu pratique pour se cacher. Certains ados nous l’ont prouvé ! Le rayon sport était bien connu pour ça.

A : Et le rayon philo ! Et ils se pensaient invisibles !

M : C’est un lieu de séduction insoupçonné... N’as-tu jamais vu une scène où un livre enlevé permet à deux amoureux de se voir et de dialoguer ?

A : Il y a toujours quelqu’un derrière un livre...

M : Mais oui, derrière les livres, il y a toujours quelqu’un qui est caché... la bibliothèque, c’est un lieu où l’on se donne rendez-vous, loin des regards indiscrets, pour échanger, pour se voir en secret. J’ai en tête une scène avec Peter Sellers dans le film « Only two can play ».

A : Oui, c’est drôle !! Il est bibliothécaire. Une femme très à son goût débarque, avec une petite musique qui est un appel à une danse endiablée. Elle réserve un livre et pour ce, doit laisser son numéro. Elle s’en va, il va ranger des bouquins, et là, une femme encore plus jolie se trouve derrière les rayonnages !

M : Alors qu’il tient entre les mains - mais ça elle ne le voit pas - un livre intitulé « Is sex necessary ? » (de James Thurber), traduit en français par « le sexe pour quoi faire ? Il le range assez violemment, tout désappointé, voire frustré qu’il est. Apparaît alors cette phrase : « it is not observed that librarians are wiser men than others » (Ralph Waldo Emerson) (que l’on peut traduire par : il n’est pas prouvé que les bibliothécaires sont plus sages que les autres hommes).

A : Je trouve charmante cette autre scène, dans « La police fédérale enquête ». James Stewart entre dans une bibliothèque, demande un renseignement à la bibliothécaire qui va l’accompagner dans un rayon isolé... et là...

M : Dans « Strike up the band », Judy Garland range des bouquins.


M : C’est drôle, elle connaît super bien son fond, parce qu’elle les regarde à peine : elle sait où il vont. Comme par hasard, il y a à chaque fois un trou pour ranger le bouquin, ce qui me fait penser que c’est une bibliothèque de consultation essentiellement, genre universitaire. Nous on a toujours besoin de décaler les livres à gauche ou à droite pour trouver une place ! Et puis elle répond à toutes les questions des lecteurs ! Un moment, elle se met à chanter et là, magie du cinéma, personne ne lui dit de se taire ! Bon, certes, elle chante bien, mais est-ce vraiment le lieu ?

A : C’est un lieu de silence. Un lieu feutré où seuls le toussotement et le frottement des pages sont autorisés ! Même le fantôme dans « SOS fantômes » intime l’ordre aux importuns de se taire. C’est dire.

M : Bon, mais est-ce que la bibliothèque n’est pas un peu fun, de temps en temps ?

A : C’est un lieu de vie. Un lieu social où seuls le plaisir et le rire y sont autorisés. Comment ça, je me contredis ?

M : Sans vouloir casser l’ambiance, je me souviens de cette scène terrible du film « Philadelphia » où un bibliothécaire insiste lourdement pour que Tom Hanks, malade du Sida, aille dans une salle à part.

A : A l’inverse de cette scène, j’ai déjà vu des gens chanter et danser dans une bibliothèque ! Il y a carrément une comédie musicale qui se passe au milieu des rayonnages ! On est tellement loin des clichés ! c’est inespéré !


M
 : C’est « the music man «  ! La version récente avec Matthew Broderick, pas celle des années 1950.

A : Plus récemment, dans « Breakfast club », aussi ! Et puis dans un film que je viens de découvrir, un petit film sans prétention...

M : Un navet, quoi ?


A
 : Pas exactement... ça s’appelle « Party girl ». Dans ce film, une jolie bibliothécaire, jeune et moderne, danse en rangeant !

M : J’adore et ça nous change de l’archétype de la vieille bique à chignon !

A : Ah mais, elle n’est pas commode quand même. As-tu déjà vu une bibliothécaire s’énerver quand un lecteur range mal un livre ?

M : Tu veux dire en vrai ou au cinéma ?

A : Les deux !

M : En vrai, oui. Mais évidemment pas dans notre médiathèque ! au cinéma ? ça ne me dit rien. Tu as un exemple ?

A : Evidemment...

M : Ah oui, elle s’énerve contre un lecteur qui croit bien faire en posant le livre n’importe où. Elle lui explique le système Dewey en bibliothèque et finit littéralement par péter un câble...


A
 : Pour nos lecteurs, voici ici un petit récapitulatif de ce qu’est la Dewey !

M : En tous cas, elle a le mérite de tordre le cou aux préjugés.


A
 : Dans beaucoup de films, la bibliothécaire est enlaidie par sa profession.

M : Ce qui n’est pas le cas du libraire : songez à Hugh Grant dans « Coup de foudre à Notting Hill », Audrey Hepburn dans « Drôle de frimousse » et Meg Ryan dans « Vous avez un message ».

A : C’est injuste ! Dans « la vie est belle » de Capra, la jeune héroïne est beaucoup moins belle une fois entrée dans la profession.


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A : Dans « L’ombre d’un doute » d’Alfred Hitchcock, la bibliothécaire porte l’uniforme réglementaire : chignon, lunettes et ponctualité : quand c’est fermé, c’est fermé !

M : Pourquoi pense-t-on alors si souvent à LA bibliothécaire ? Pourquoi féminiser ce métier pourtant physique et tellement intellectuel, consistant à porter de lourdes charges qu’il faut en plus lire....?


A
 : Mais oui, dis donc. Mon grand regret c’est que le rôle du bibliothécaire n’ait jamais été occupé par Arnold Schwartzenegger, ni même Harrison Ford.

M : Pourtant Harrison Ford a mis les pieds dans une sacrée bibliothèque si ma mémoire est bonne, non ?

A : Oui, c’est dans « Indiana Jones et la dernière croisade » et dans une magnifique bibliothèque vénitienne.

M : J’adore cette scène ! Indiana Jones profite des coups de tampon pour démolir à coups de barrière en ferraille une dalle marquée d’un X sous laquelle se situe l’entrée des catacombes où il devrait trouver une tombe dans laquelle il y aura un bouclier de pierre sur lequel sera écrit quelque chose dont il a déjà décrypté la moitié... Enfin, bref, du Indiana Jones, quoi ! C’est avant la poursuite avec les nazis et il ne sait pas encore que la jolie blonde qui l’accompagne et qui hait les rats (mais pas ceux de bibliothèque, les vrais) n’est pas ce qu’elle prétend être.

A : Le tampon est notre arme, comme la douchette d’ailleurs ! Pourtant, depuis des années, nous ne tamponnons plus, nous imprimons ! Le cinéma semble nous figer dans un temps révolu.

M : Le tampon fait un bruit terrible, surtout quand les plafonds sont hauts ! Demander le silence après ça, c’est l’hôpital qui se fout de la charité !

A : Pour moi, la meilleure représentation du bibliothécaire est dans le film de Wim Wenders, « Les ailes du désir ». Les anges se penchent au-dessus de l’épaule des lecteurs et veillent sur leurs lectures. Encore mieux que silencieux, ils sont invisibles... et bienveillants !

M : Nous arrivons donc au personnage essentiel : le lecteur ! Enfin, c’est drôle, on n’en parle pas vraiment dans les films. Le lecteur, le vrai, n’a pas de rôle. Il lit.


A
 : Il vient chercher des renseignements ponctuellement quand l’intrigue nécessite de se plonger dans un livre. En fait au cinéma, le lecteur, c’est une personne normale. En revanche à la télé, le lecteur est... enfin, à vous de voir...


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M : Pauvres de nous...



Et pour finir, le "recut" spécial bibliothèque au cinéma réalisé par les webjournalistes d’Arte blow up !


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2 Messages

  • La bibliothèque au cinéma 9 février 2013 13:39, par Nathalie

    Ce serait bien difficile de faire un choix parmi toutes ces bibliothèques. D’une certaine façon, j’ai de l’affection pour chacune d’entre elles : celles qui m’ont fait rêver, celles que j’ai fréquentées, celles où j’ai travaillé (et où je travaille toujours). Mais, il est vrai que l’image des bibliothécaires est à revoir au cinéma ! Il faudrait creuser du côté de la littérature pour voir ce qu’il en est.

  • La bibliothèque au cinéma 15 février 2013 13:25, par C.O.

    En dehors de celle de Star Wars, il y a quelques autres bibliothèques fantastiques très sympathiques qui méritent d’être mentionnées, car elles induisent des concepts assez fascinants :

    Premièrement la Bibliothèque de l’Université de L’Invisible, chez Pratchett. Vous allez me dire que ce sont des livres, mais certains ont été adaptés en films... Or il faut savoir qu’à cause de la magie qui s’échappe des livres, l’espace-temps est déformé, les distances s’étirent, on peut s’y perdre... En fait dans les romans on apprend même que toutes les bibliothèques du monde sont reliées entre elles et forment une dimension à part, la dimension B.

    Il y a aussi la bibliothèque des ombres, la plus grande de l’univers, dans l’épisode Silence in the Library, dans Doctor Who. Elle couvre toute une planète et dedans il n’y a plus personne... Pourquoi ? Parce que tous les habitants/résidents/lecteurs ont été dévorés jusqu’à la dernière particule ! Hé oui, les livres sont faits de papier, le papier de bois, et à l’intérieur de celui-ci il y avait de microscopiques habitants qui n’ont pas vraiment apprécié la plaisanterie... Il ne fallait pas les déranger. Ce minuscule détail mis à part, une planète entière dédiée aux livres et à la connaissance, c’est un concept génial. Pour information, c’est un épisode double qui peut se regarder comme ça, sans trop connaître la série. Le résumé peut paraître un peu effrayant, mais Doctor Who c’est tout public, pas de violence ou de sang, juste des énigmes et un peu de tension, associés au caractère so british de la série.


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