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Le sang et le pardon

Auteur : Nadeem Aslam

Auteur de l'articleJean-Pascal

Publié le vendredi 1er février 2019


Un jour, encore enfant, elle avait demandé à l’homme qui s’appelait Massud ce que signifiait le mot "lire"… Il avait réfléchi un moment à sa question avant de dire : "J’ai soif." Il prit alors cet outil qu’il nommait un stylo, en posa la pointe brillante sur une feuille de papier où il laissa quelques marques. Lui tendit le papier et lui dit d’aller dans la cuisine le montrer à Nargis. Helen s’exécuta et fut stupéfaite quand Nargis la renvoya à Massud avec un verre d’eau. "Lire, c’est magique".

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Nargis et Massud, un couple d’architectes pakistanais, vivent le plus tranquillement possible leur histoire d’amour dans la ville de Zamana.
Mais dans un pays en guerre, tout peut basculer d’un moment à l’autre. Un Américain dans une voiture se fait agressé par deux jeunes en moto qui lui tirent dessus à bout portant. L’Américain les surprend en ripostant et une balle perdue fauche Massud.
Nargis avait déjà perdu le frère de son mari qui enquêtait sur les services de renseignement de l’armée. Ils évitaient donc de montrer leur hostilité aux thèses extrémistes du pouvoir et de la religion alors que de leur côté ils étaient profondément attachés à la pluralité des opinions dans la société.
Lorsqu’un militaire vient lui demander d’exprimer son pardon, elle comprend que cet Américain n’est pas un touriste, ce dont on pouvait se douter... Elle décide de ne pas céder.
Mais comment lutter dans un pays où les individus existent peu ? Avant tout, on appartient à un peuple, à une religion, à un groupe social, à une caste. Les pouvoirs, temporel et spirituel, sont plus forts que le citoyen. Les Pakistanais sont aveuglément les bourreaux et les victimes de causes qui les dépassent. Tout est une question d’influence. Se soumettre ou se démettre.
Devant tant d’hostilité venue de toutes parts, résister c’est déjà beaucoup, s’opposer relève de la cause perdue. Nargis choisit finalement de partir avec Helen, la fille de leurs employés de maison, elle-même menacée en tant que chrétienne et de Imran, un Cachemirien qui fuit lui aussi son passé.
Mais comment se cacher, comment éviter les attentats qui tuent sans distinction ? Helen et Imran pourront-ils finalement vivre leur histoire d’amour ? Pourront-ils tous simplement continuer de vivre dans un pays qui contraint autant ses habitants ?
Le père de Massud avait écrit un livre : « Pour qu’ils se connaissent mutuellement ». Ce livre, justement retrouvé au moment où Massud est abattu, qui prônait l’ouverture à l’autre et l’apport des différentes cultures, le lira-t-on un jour sans se méfier ?
Nadeem Aslam, né au Pakistan en 1966, avait quatorze ans lorsque sa famille, fuyant le régime du général Zia, s’installa en Angleterre.


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