Robespierre

Genre :  Histoire romancée

Auteur : Philippe Lechermeier, illustrations de Guillaume Long

Auteur de l'articleMélanie L

Publié le mardi 22 janvier 2013


Cet homme qui avait la tête sur les épaules...

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L’auteur rentre à pieds joints dans le vif du sujet : ni une ni deux, première page : la tête est tranchée.

Le peuple exulte. Il était haï. Et l’Histoire semble garder rancœur de son passage, comme le soulève Philippe Lechermeier :

"A Paris, pas une seule rue ne porte son nom. Pourtant, en se promenant, on peut tomber sur la statue de Danton, franchir le pont Mirabeau et faire ses emplettes aux Galeries Lafayette. Il faut quitter la capitale pour trouver une station de métro Robespierre à Montreuil, une place à Marseille et quelques rues disséminées dans le reste de la France. Des collèges par-ci par-là. A Arras, ville où il est né, un lycée. Et une prison. La prison Robespierre. Pas vraiment le genre de lieu sur lequel on rêve d’apposer son nom ! Pourtant , pendant la Révolution, Robespierre aura incarné aux yeux du peuple le défenseur obstiné de la liberté, le veilleur acharné des droits des plus faibles contre ceux des puissants. Il aura été aimé, adulé, admiré."

La question est posée. Pourquoi tant de haine ? Robespierre : bouc-émissaire ? gentil ? méchant ? Avec lui, on n’est pas à quelques contradictions près. Opposant à la peine de mort, il a envoyé des centaines de personnes à la guillotine ! bon... qui était-t-il finalement ?

Il est né le 6 mai 1758, sous Louis XV dans une famille de la petite bourgeoise. Son père est avocat. Il abandonne ses enfants après la mort de sa femme. ça va pas fort dans le royaume. En gros, les pauvres payent pour les riches et crèvent la dalle. Pendant ce temps, à Versailles, c’est... la vie de château : on dépense à tout-va et du coup, comme le dit l’auteur, "c’est la dèche".

Robespierre grandit. A l’école, c’est une tête. Du coup, il obtient une bourse et part étudier à la capitale. Dans son lycée, c’est un peu le pauv’ gosse au milieu des enfants de bonne famille chez qui il ressent un dédain certain. Il se réfugie dans les études et gagne le droit de réciter pour le tout nouveau roi Louis XVI (de quatre ans son aîné) un compliment. Il ignore qu’il le retrouvera plus tard...

Robespierre s’intéresse aux livres des écrivains et philosophes des Lumières qui s’interrogent sur le fonctionnement de cette société inégalitaire. Ce sont des lectures interdites, alors il va au petit coin pour être tranquille. Il devient surtout fan de Jean-Jacques Rousseau qui a eu le même parcours difficile que lui.

Après ses études, il rentre à Arras et devient avocat à 23 ans, juge l’année suivante. Il se la pète un peu maintenant qu’il a de l’argent. Il se prend la tête, quoi. Tous les jours, un perruquier vient s’occuper de ses cheveux ! Mais son métier lui permet de défendre de nobles causes. Celle des opprimés, par exemple.

Bon, après, le royaume est au bord de la faillite. Le roi doit convoquer les états généraux. Robespierre fait une campagne acharnée pour être élu député du Tiers État. Il en fait des tonnes, et se trouve particulièrement violent envers les privilégiés. Du coup, il se fait beaucoup d’ennemis. N’empêche, il monte à Versailles, et c’est là que tout commence...

Le manque d’égard de élites vis à vis des représentants du peuple, l’Assemblée constituante, la salle du jeu de paume, la Révolution, Louis XVI et Marie-Antoinette qui font de la résistance, la prise de la Bastille, l’abolition des privilèges la nuit du 4 août 1789, les Jacobins, les Girondins, les Montagnards, Marie-Antoinette et sa brioche... tous ces événements dont on a entendu parler mais qu’on a parfois un peu mélangés dans notre tête... toute l’histoire qui prend son sens. Mirabeau, Camille Desmoulins, Marat, Danton... la percée d’un homme qu’on appellera l’Incorruptible, l’euphorie... et les têtes qui tombent ou se baladent sur des piques. Mais quelle époque !!

A l’issue de la lecture, on cerne mieux le personnage. Tour à tour aimé puis détesté ; par ses pairs ou par le peuple, ses amis se sont souvent changés en ennemis. On ne change pas des siècles d’injustices en toute quiétude ! La fin est émouvante. L’auteur a su insuffler à son récit la poésie qui rend l’Histoire supportable. Les pensées de Robespierre, le couperet qui tombe, et l’inscription sur la grille du cimetière : "Dormir, enfin."

Le texte est très bien écrit, les illustrations sont vraiment chouettes, très caricaturales, ponctuant de leur humour le fil du récit, à l’image de cette toute première représentation qui figure Robespierre montant à l’échafaud et le bourreau lui disant "ça va piquer un peu...". Il parle en réalité du fait d’enlever le pansement sur sa joue déchiquetée par un tir de pistolet, mais moi ça m’a bien fait marrer. De même que plus loin, un dessin de Louis XVI dans son carrosse qui dit de lui "ce petit ira loin, j’en mets ma tête à couper". ihihih.

Dans cette collection "T’étais qui, toi ?", vous pouvez lire Agrippine la jeune, Sitting Bull, Benjamin Franklin, qui ont déjà fait l’objet de critiques. Le concept est toujours le même, "Une collection pour découvrir les hommes et femmes qui ont fait l’Histoire, parfois héroïques, parfois peu recommandables, ou tout simplement humains".
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P.-S.

Moi je regrette les semaines de 10 jours, et les poétiques brumaire, floréal, ventôse, prairial...


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