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Symphonie n°3, opus 36 (1976)

Genre :  chef d’œuvre de la musique du XXe siècle

Auteur :  Henryk Gorecki

Auteur de l'articleMélanie L

Publié le samedi 9 mai 2009


La symphonie-hommage aux disparus d’Auschwitz

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Je vais tenter de vous parler d’un incontournable de la musique classique : la Symphonie n°3, ou symphonie des chants plaintifs, opus 36 de Górecki pour soprano et orchestre symphonique, composée en 1976 à Katowice, en mémoire des victimes d’Auschwitz.

Parlons un peu de cette version ici présente : Elle a été enregistrée en 1992 par le London Sinfonietta dirigé par David Zinman. Quelques puristes affirmeront que cette œuvre monumentale doit être jouée par un orchestre polonais et préfèreront pour cette raison l’enregistrement de la Symphonie n° 3 par l’Orchestre symphonique national de la radio polonaise dirigé par Antoni Wit, avec la soprano Zofia Kilanowicz (éd. Naxos, enregistré en 1993, publié en 1994). Le côté symbolique, sans doute. Parce que les polonais sont plus à même de nous donner le frisson quand il est question de la douleur des camps de la mort ? peut-être... C’est ce que l’on pourrait croire avant d’entendre la soprano Dawn Upshaw. Elle nous rappelle que la douleur est universelle.
Et puis cet enregistrement s’est vendu aux Etats-Unis à sa sortie à plus de 2 millions d’exemplaires. Górecki a connu avec elle un succès mondial.
Je vous conseille vivement la lecture du livret, indispensable pour cerner l’œuvre et son contexte.

Les trois mouvements :


I. Lento -Sostenuto tranquillo ma cantabile

Le début est sombre. Obscur. Comme une marche funèbre retentissant des ténèbres. Lente et grave ; c’est le son des cordes. Et ce son s’amplifie à mesure que la langoureuse plainte se fait plus lumineuse. Comme une renaissance, un réveil du monde des morts. Les cordes jouent une mélodie cyclique, nous donnant l’impression de ne jamais vouloir cesser leur chant plaintif. Mais toujours avec cette progression vers la lumière, à la recherche de l’absolu. Puis l’élan retombe. Les cordes font place au chant. Au chant terriblement beau de la soprano Dawn Upshaw qui déchire le ciel sombre de sa voix claire et nous transporte littéralement. La mélodie et la voix sont splendides, majestueuses. L’effet est lumineux. Elle survole l’orchestre.
Mais alors ! que dire des paroles ?

« Mon fils, mon élu et mon bien-aimé

Partage tes blessures avec ta mère

Cher fils, comme je t’ai toujours porté dans mon cœur,

Et t’ai toujours servi loyalement

Parle à ta mère, pour la rendre heureuse,

Bien que tu me quittes déjà, mon espoir chéri ». [1]

Retour aux ténèbres par la mélodie de cordes.

II. Lento e largo -tranquillissimo

« Maman, ne pleure surtout pas.

Vierge très pure, Reine du Ciel,

Protège-moi pour toujours.

« Zdrowas Mario » »

C’est la prière chantée par la soprano dans ce deuxième mouvement, d’autant plus émouvante quand on connait sa provenance : cette prière fut écrite sur le mur de la cellule n°3 au sous-sol du siège central de a Gestapo à Zakopane (sud de la Pologne). Au-dessous se trouvait la signature d’Helena Wanda Blazusiakowna, et ces mots : « âgée de 18 ans, emprisonnée depuis le 25 septembre 1944 ».

III. Lento -cantabile-semplice

Les paroles de ce 3e mouvement ne sont pas moins émouvantes. Elles proviennent d’un chant populaire dans le dialecte de la région d’Opole qui commence ainsi :

« Où est-il allé
Mon très cher fils ?
Peut-être que pendant l’insurrection
L’ennemi cruel l’a tué.
Ah, vous mauvaises gens
Au nom de Dieu, le plus Sacré,
Dites-moi, pourquoi avez-vous tué
Mon fils ?
Jamais plus
Je n’aurais son soutien
Même si je pleure
Toutes les larmes de mon corps
. »

Des paroles d’origines très diverses qui se mêlent parfaitement tant elles expriment des sentiments intemporels : l’amour et la douleur.

Ce qui nous touche ?

Le contexte musical de l’époque fait que cette symphonie si simple - et qui va droit à l’essentiel - est passée pour réactionnaire dans le milieu de la musique contemporaine. Mais l’œuvre est un tournant dans l’écriture du compositeur, car il quitte alors sa période sérielle et retourne à la musique tonale, comme le font à la même époque Arvo Pärt ou Krzysztof Penderecki, auxquels il est souvent associé. Un retour à l’essentiel. C’est là son secret. L’auditeur ne peut pas rester indifférent. Il est désarmé. Forcément marqué.

La tristesse et même le désespoir sont exprimés de manière subtile et sobre. Presque avec douceur. C’est le rôle des cordes. Douces et graves en même temps. Jamais la douleur n’est hurlée. ! Les mélodies sont lentes et simples, très belles. Force et douceur entremêlées. Ténèbres et lueurs. Une symphonie d’une beauté sans nom. Remplie de larmes, de sang, d’Histoire, du souvenir des morts.
Vous l’aurez compris...

... Cette musique est un chef d’œuvre.



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(ici, une autre version)


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Notes

[1lamentation de la collection des « Chants Lysagora » du monastère de la Sainte-Croix écrits au 15ème siècle


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